Kilian Jornet : la voie pour atteindre les sommets

Avec l’ascension sans matériel du Mont Everest, Kilian Jornet marque encore un peu plus l’histoire de son sport pour atteindre le rang de légende vivante de sa discipline. Le champion de trail running s’est lancé pour défi de gravir sept des plus hauts sommets au monde en y établissant de nouveaux records d’ascension et de descente et ainsi marquer à jamais l’histoire de son sport, comme, entre autre, l’italien Bruno Brunod avant lui. Dans la nuit de dimanche à Lundi, il s’est grandement rapproché de son rêve en avalant le mont Everest par la face Sud en moins de 27 heures. D’où lui vient l’énergie qui l’a conduit sur le toit du monde ? Que ce cache derrière le plaisir que cet homme prend quand il tutoie les cieux ? Retour sur le parcours de quelqu’un qui fait ce pourquoi il est né.

La volonté n’est rien sans le plaisir

Lorsque l’activité coûte de l’énergie à l’individu, il va avoir tendance à bâcler sa tâche pour s’en débarrasser le plus vite possible et si jamais l’action dure trop longtemps, il se démotivera probablement. Il utilisera un temps le ressort de la volonté pour avancer, avec le découragement et l’abandon en ligne de mire ; la volonté étant une ressource mentale extrêmement limitée.

Lorsque l’on parle de volonté, il y a une notion d’effort, voire de contrainte alors que derrière la notion de motivation se cache la notion de plaisir. Dans un cas, c’est le cerveau et la raison qui parlent ; dans l’autre, c’est le cœur, les tripes et donc l’émotionnel qui prend le dessus. On ne vit alors pas l’activité de la même manière, quelle qu’elle soit, s’il y a une obligation de faire ou bien si la mise en mouvement est due à l’envie de faire.  []

Celui qui, contrairement à Kilian Jornet, subi l’action ; a de fortes chances de repousser le réveil parce qu’il pleut, parce qu’il fait froid ou parce que la soirée de la veille a été un peu trop arrosée. Toutes les excuses seront bonnes pour rapidement remiser ses chaussures de running au placard. Cette personne se concentre sur la finalité, ne prend aucun plaisir dans l’action, s’épuise et finit par renoncer purement et simplement à ses bonnes « résolutions ».

A l’inverse, la motivation que l’on va qualifier d’instrumentale est la motivation à faire l’action, où l’on prend beaucoup de plaisir dans sa réalisation. Nous retrouvons ce levier dans les activités qui nous ressourcent, qui nous permettent d’emmagasiner de l’énergie. Celui qui, à l’image de Kilian Jornet, se dit : « je prends du plaisir communier et à être en harmonie avec la nature, à admirer l’environnement et la splendeur du levé du jour, à sentir la rosée du matin et les endorphines faire effet » ne loupera pour rien au monde une sortie parce qu’il va prendre du plaisir à faire l’action sans (presque) jamais penser au résultat final.

A travers son projet aussi hors-norme que cohérent, Summit of my life, « l’ultraterrestre » tient un levier motivationnel lui garantissant tous les matins l’énergie nécessaire pour enfiler ses baskets ou ses skis et partir pour des sorties de plusieurs dizaines de kilomètres.

Comment trouver des activités plaisir ?

« Il faut aller chercher en nous-même et savoir qui l’on est. » Kilian Jornet

Kilian Jornet a été sur-applaudi dans l’enfance sur ses capacités d’endurance. En effet, sa mère, passionnée de nature et son père guide de haute montagne, aiment raconter les balades de plus de 5h qu’ils faisaient en famille alors que kilian n’avait même pas deux ans. Cette scène fondatrice fait comprendre à l’inconscient du petit Kilian « quand je suis endurant, quand je montre que je peux marcher des heures sans me fatiguer, mes parents le voient, sont fiers de moi et m’aiment encore plus. Et j’existe au yeux de tous à travers ça puisque mes parents racontent cette anecdote dès qu’ils en ont l’occasion ».

 

 

Les conséquences de ce regard des parents sont tout bonnement hallucinantes. Il gravit son premier sommet à plus de 3 000 mètres d’altitude à l’âge de trois ans et son premier 4000m, le Breithorn dans les Alpes, à l’âge de six ans. A 20 ans, sa participation à la légendaire course de l’ultra trail du mont blanc (UTMB) n’est pour lui qu’un pur moment de bonheur, une source phénoménale de plaisir et de motivation car à ce moment précis, ce qu’il fait est en parfaite cohérence avec la scène fondatrice de sa prime enfance. Il le dit lui-même : « Ce n’est pas une course, c’est une introspection, c’est aller chercher en nous-même qui ont est. »

Il semble donc déterminant de faire ce travail d’introspection pour trouver les domaines sur lesquels nous avons été valorisés par nos référents et qui vont générer une importante source de plaisir. Ces points forts « naturels » sont à cultiver au quotidien à travers des activités plaisir car ils seront source d’épanouissement. Les activités seront alors beaucoup plus faciles à tenir sur la durée.

En résumé, pour réussir à dépasser vos ambitions et concrétiser vos rêves, il est primordial de se fixer des objectifs en lien avec des activités que l’on prend plaisir à pratiquer, activités généralement en lien avec nos zones de conforts sur lesquelles nous avons été valorisé par nos référents. Se faisant, il n’est plus nécessaire d’user jusqu’à la corde le ressort de la volonté ; la motivation à faire l’action permettant une mise en mouvement spontanée et naturelle qui recharge les batteries.

Il ne vous reste plus qu’à vous poser ces « simples » question : quel(s) projet(s) et quelles activités plaisir cohérentes avec mon ADN vont me permettre de concilier plaisir dans la durée et atteinte de mes objectifs ? A vos projets cohérents, donc ! Et bonne semaine.

Managers, découvrez tous les secrets concernant l’art de l’écoute active

Dans la grande majorité des cas, la reconnaissance est la première revendication des enquêtes de bien-être au travail et démontre, si c’était encore nécessaire, l’importance de ce levier qu’est l’écoute active. C’est en effet le moyen le plus sûr de combler ce besoin vital, créateur d’énergie, de plaisir et par conséquent, de performance. L’écoute est en effet « l’arme fatale » de tout bon manager qui se respecte. C’est un art subtile et délicat qui demande patience, bienveillance, concentration et qui exige une grande humilité. Utilisé à bon escient, c’est l’outil clé qui permettra de créer toutes les conditions pour motiver durablement vos collaborateurs et ainsi l’emmener à des niveaux de performance inégalés.

Qu’il s’agisse de fêter un succès, de débriefer une erreur, de mener un entretien annuel ou encore de gérer un collaborateur qui n’est pas lucide sur son niveau de compétence, il est impensable de faire l’impasse sur l’écoute.

Les prérequis de l’écoute active 

Il y a de nombreux prérequis pour que l’écoute du collaborateur soit la plus qualitative possible. Bien entendu, en fonction des circonstances, il n’est pas toujours facile de remplir l’ensemble de ces prérequis et il ne s’agit bien entendu pas d’attendre qu’ils soient tous réunis pour écouter, sinon les occasions se feraient rares. Mais dans la mesure du possible, il faut essayer d’en respecter le plus grand nombre pour optimiser ce temps qualitatif avec le collaborateur ou le collègue s’il s’agit de la gestion d’un projet transverse.

1.      Attitude ouverte, bienveillante et disponible : on coupe le téléphone, les mails et le regard est concentré sur l’autre.

2.      Curiosité : il est indispensable de s’intéresser sincèrement à l’autre.

3.      Prise de note : l’idée est de noter les items que l’on voudra creuser. Cela montre à l’autre que ce qu’il dit est important et va fluidifier l’échange, à condition de ne pas être concentré sur son bloc note mais bien sur ce que nous dit l’interlocuteur.

4.      Assis côté à côté ou de ¾ : on gardera le « face à face » pour les situations conflictuelles car le non verbal joue un rôle prépondérant dans la qualité de l’échange.

5.      Dans l’idéal, dans un lieu calme et neutre

6.      En individuel : le collaborateur ne se confiera pas de la même manière en présence d’un tiers ou en collectif.

Les questions ouvertes

Ce sont les questions où il est impossible de répondre par oui ou par non. Les questions fermées, notamment au début de la discussion, bloquent l’échange et ne libèrent que trop péniblement la parole de l’interlocuteur. La bonne nouvelle est que pour chaque question fermée, il existe une question identique sous forme de question ouverte.

Le management repose entre autre sur la forme de nos propos. Nous préfèrerons donc « Comment se sont passées les vacances ? » en lieu et place de « Les vacances se sont bien passées ? »

Les relances

Trois type de relances sont particulièrement efficaces et évitent le sempiternel « dis m’en plus » ou « mais encore » un peu rébarbatif et manquant terriblement de finesse.

1.      La relance écho pouvant s’accompagner de « c’est-à-dire ». L’objectif est de creuser le mot intéressant de la phrase.

–         Avec ce client c’est toujours compliqué !

–         « Compliqué ? C’est-à-dire ? »

–         Bah oui, il est tatillon et cherche toujours à négocier en mettant une pression maximale.

2.      La relance silencieuse : C’est la relance la plus efficace, la plus simple à réaliser car « il suffit » de ne rien dire, de montrer à l’interlocuteur que l’on attende qu’il poursuive et automatiquement, il va développer ses propos. L’être humain déteste les blancs et les silences. Il se sent alors obligé de développer son propos, vous n’avez qu’à compter jusqu’à 2 dans votre tête et c’est gagné ! La vraie difficulté c’est de se retenir de combler de vide, de laisser son égo de côté et de laisser à l’autre la place de s’exprimer pleinement.

3.      La relance écho sur dissonance : soit les propos de l’interlocuteur sont congruents « ton briefing est très clair, j’ai parfaitement compris ce que l’on attend de moi » soit ils sont dissonants : « globalement, ça me semble plutôt clair » et dans ce cas, il est indispensable de creuser la relance avec une relance écho sur dissonance :

–         Comment s’est passé la réunion ?

–         Dans l’ensemble, elle s’est bien passée.

–         « Dans l’ensemble », c’est-à-dire ?

–         Non mais elle s’est bien passée, c’est simplement que la tension était palpable entre Franck et Gisèle au sujet de l’implémentation du nouveau SI, le climat se dégrade de plus en plus entre les deux, il est urgent de faire quelque chose.

On apprend beaucoup en étant à l’écoute des dissonances : c’est un levier indispensable pour lire entre les lignes et savoir ce que l’interlocuteur pense réellement. « Plutôt, dans l’ensemble, globalement, relativement, pas mal, pas inintéressant, oui oui, non non… », toutes ces formulations révèlent des difficultés sous-jacentes qui méritent d’être creusées pour savoir concrètement ce que pense l’interlocuteur.

Les limites de l’empathie ou comment diriger l’échange

Il est déterminant de ne pas laisser le collaborateur tourner en rond sur les problèmes en apparences insolubles, ni de le laisser s’empêtrer dans une victimisation de sa personne luttant désespérément contre les embuches que la vie met sur son passage. Il est indispensable d’orienter la discussion pour rendre l’autre acteur de son développement en l’aidant à se projeter pour qu’il ait à nouveau prise sur le monde qui l’entoure.

« Que peux-tu faire ? Qu’est-ce qui est en ton pouvoir pour améliorer la situation ? Sur quoi as-tu prise ? » C’est l’essence même du rôle de manager coach : rendre le collaborateur acteur et responsable de l’évolution des situations. Si aucune solution n’émerge, il faut alors être capable de clore l’entretien et laisser le temps au collaborateur de faire le cheminement qui lui permettra de trouver les solutions adaptées à sa problématique.

Les opportunités de pratiquer l’écoute

Les opportunités de pratiquer sont multiples et les progrès viennent très rapidement. Vous pouvez-vous entrainer avec votre gardienne, le commerçant au pied de votre immeuble, vos enfants, vos amis ou tout autre être humain désireux de sociabiliser.

Et pour savoir si vous êtes sur la bonne voie, posez-vous sincèrement la question à chaque fois que l’échange avec un collaborateur se termine : qui a davantage parlé ? Est-ce lui ou bien moi ? L’échange lui a t-il permis de se recharger en énergie ou bien repart-il plombé et démoralisé ?

En définitive, l’écoute active est un levier facilement accessible, et l’essayer c’est l’adopter.

Martin Fourcade : les 5 raisons d’une domination sans partage

Est-il encore besoin de présenter le palmarès hallucinant d’un des plus grands champions de l’histoire du biathlon ? Au-delà d’un nombre impressionnant de podiums dans sa discipline, Martin Fourcade est le seul biathlète à avoir remporté consécutivement six gros globes de cristal. Un exploit d’autant plus inédit qu’il remporte le sixième et dernier globe à six courses de la fin de la saison, du jamais vu ! Dès lors, comment expliquer une telle domination ? D’où lui viennent ces extraordinaires dispositions pour ce sport particulièrement exigent ? Et surtout, quelles sont les raisons d’une telle régularité au plus haut niveau ? Retour sur le parcours du double médaillé aux Jeux Olympiques 2014 qui ne semble pas prêt d’être rassasié de victoires et de records.

Des référents qui ont transmis des passions

« Quand tu as trois garçons à la maison, il faut les faire bouger. Sinon, ils te démontent les meubles et les rideaux ». Marcel Fourcade.

La famille Fourcade vie dans les Pyrénées Orientales. Marcel, le père, est guide et accompagne en montagne des groupes de randonneurs avec lesquels il partage sa passion pour la nature. Avec trois garçons turbulents, les parents du jeune Martin n’ont d’autre choix que d’inciter leurs enfants, à la limite de l’hyperactivité, à aller faire du sport et se défouler dehors pour préserver la décoration du chalet familial.

Cette enfance n’est pas sans rappeler celle d’un autre immense champion, Kilian Jornet. Comme lui, ses parents, à travers le partage de moments en famille dans un environnement sportif et montagnard, ont encouragé, valorisé et sans doute sur-applaudi à certains moments les réussites sportives de leurs enfants. Et c’est notamment ce regard particulièrement positif et bienveillant qui lui a permis de développer ses exceptionnelles aptitudes.  

Martin Fourcade est donc bercé dans son enfance par divers éléments qui deviendront des fondements immuables sur lesquels repose sa carrière hors norme. L’amour pour la nature et la vie en montagne, la passion du sport, du ski de fond au biathlon en passant par le hockey ou le VTT, il développe progressivement un physique et un mental de champion.

Sous le regard protecteur de parents et d’entraîneurs qui croient en lui et l’encouragent tout au long de son développement, le catalan s’est construit sur des bases saines qui font aujourd’hui la différence, notamment à travers une reconnaissance particulièrement positive lui permettant de développer une réelle passion pour son art.

Un passionné qui veut prendre du plaisir avant tout

« Né dans les Pyrénées Orientales j’ai eu la chance de grandir dans un environnement idéal pour concilier mes deux passions, le sport et la nature. » Martin Fourcade

Ses référents primaires étant passionnés de sport et de nature, et c’est tout naturellement vers ces deux univers que s’orientent les centres d’intérêts et les sources de plaisir du prodige français. Plaisir d’autant plus décuplé que le biathlon permet de concilier les deux, ce qui aurait par exemple été moins le cas avec le hockey … ou le ping-pong.

Nous ne le répéterons jamais assez, ce n’est qu’à travers nos passions que nous développons des points forts et que nous prenons le plus de plaisir. Et ce n’est qu’en prenant du plaisir que nous obtenons de très bons résultats dans la durée.

De quoi alimenter un cercle particulièrement vertueux : il prend du plaisir et reçoit donc de nombreux messages positifs à travers la pratique de sa passion. Cela lui permet d’emmagasiner un maximum de confiance, une confiance qui développe son énergie pour ainsi lui permettre de briller pendant les compétitions.

La combinaison de tous ces facteurs permet donc au champion de prendre continuellement du plaisir à pratiquer son sport de prédilection et par voie de conséquence, à performer sur le long terme. De bon augure pour les chances de médailles françaises lors des JO 2018, le biathlète qui enchaîne les performances s’éclatant « comme quand il était gosse » à chaque sortie.

 

Un point fort différenciant cultivé dès le plus jeune âge

« Quand il a débarqué, on a tout de suite détecté qu’il avait le plus gros potentiel. Il était très facile sur tous les exercices physique » Thierry Dusserre, actuel entraîneur de l’équipe de France féminine de biathlon.

Une mutation génétique est en partie responsable de ses capacités physiques hors du commun. En effet, celle-ci améliore l’exploitation du fer par son organisme. De plus, à l’image des coureurs kenyans qui s’entraînent sur les hauts plateaux africains, il possède un taux d’hématocrite élevé lui permettant de transporter beaucoup d’oxygène dans son sang pour alimenter ses muscles.

Le catalan est un donc par nature un monstre de physique mais surtout, il a l’intelligence de constamment cultiver ce point fort sur lequel repose toute sa stratégie. Ses entraînements de présaison s’inspirent en effet des méthodes pratiquées dans l’aviron en laissant la part belle aux exercices cardio-vasculaires.

De ce point fort découlent des qualités complémentaires qui lui permettent de dominer son sport de la tête et des épaules. Se fatigant moins vite que ses adversaires, il est plus lucide dans la gestion de sa course et fait alors preuve d’une intelligence situationnelle qui fait toute la différence, dans un sport où chaque seconde compte.

Autre avantage et non des moindres, son athlétisme spectaculaire lui permet de largement compenser ses carences au niveau du tir couché. Ayant besoin de plus de temps que la moyenne pour ajuster ses cibles, il compense ce manque de rapidité grâce à sa vitesse à ski. C’est pour toutes ces raisons que l’épreuve sur 20 km lui réussit particulièrement bien.

Un challenger animé par une mission intemporelle et qui a des rêves (très) ambitieux dans le viseur

« Jusqu’aux JO de Sotchi, j’avais cette envie de gagner, d’être n o 1, d’être champion du monde, de devenir champion olympique. Une fois que j’avais réalisé tout ça, je me suis demandé ce qui pourrait encore me pousser. La réponse a été : être meilleur, parce que ça, ça n’a pas de limites ! » Martin Fourcade.

La mission intemporelle que se donne alors le champion : s’améliorer à chaque fois pour repousser les limites et être toujours plus fort et plus compétitif. Cette mission se ressent notamment dans le renouvellement perpétuel des exercices effectués lors de ses préparations, l’objectif étant de toujours optimiser les séquences d’entraînement.

Dans tout ce qu’il fait, que ce soit dans la fabrication de son arme, dans ses trajectoires ou lors de ses entraînements, il n’a qu’une obsession, cohérente avec sa mission : la recherche de la perfection. À l’image d’un Roger Federer qui cherche perpétuellement à réaliser le match parfait, la lassitude ne risque pas de le guetter sachant que la perfection, au grand damne des plus maniaques d’entre nous, n’existe pas.

Ces ambitions et cette confiance en soi ne sont pas synonyme d’arrogance. Le biathlète français a simplement compris que l’on atteint uniquement ce que l’on vise. Ce qui fait sa force, c’est donc aussi sa capacité à se fixer des objectifs ambitieux en s’accrochant à une motivation et à une détermination hors du commun pour les atteindre.

Son rêve ambitieux du moment : « être le premier biathlète à monter sur tous les podiums d’un championnat du monde ». Il ne se contentera donc pas du titre de champion du monde et heureusement car ses sources de motivations auraient disparu dès l’atteinte de cet objectif.

Au lieu de ça, il va continuer à accumuler les podiums et autres trophées jusqu’à venir à bout de ce projet particulièrement challengeant. Il y a donc fort à parier que les observateurs de la discipline n’ont pas fini de commenter ses exploits lors des différentes étapes du circuit mondial jusqu’à l’atteinte de ce record inégalé (et inégalable ?). C’est l’apanage des plus grands : construire des projets et ne pas se contenter de « simples » objectifs. C’est toute la différence entre lui et des comètes telles que Yannick Noah ou Niko Rosberg qui ont tout lâché dès que l’objectif était atteint.

Un perfectionniste besogneux obnubilé par les détails et le travail… de fond

« Dans son « boulot » de biathlète, c’est sa méticulosité qui l’emporte. Il sait ce qu’il va faire trois mois à l’avance ». Marcel Fourcade.

Fourcade a progressivement relevé son niveau d’exigence en même temps que son niveau sportif depuis son arrivée sur le circuit professionnel. Ce dernier prépare méticuleusement chaque détail de la course et cherche à recueillir le plus grand nombre de données possibles : conditions météorologiques, adversaires, parcours : il veut avoir un maximum d’informations pour partir serein en anticipant les différents scénarios envisageables et la meilleure façon de réagir en fonction de l’évolution de la course.

En cohérence avec sa mission, il teste sans cesse de nouvelles choses pour se préparer de la façon la plus optimale possible. « Je fais un mixte de tout ce qui a marché, je remplace ce qui n’a pas fonctionné ». L’été dernier, il s’est préparé avec les équipes de France de biathlon et de ski de fond… et avec l’équipe de Suède « pour tester différentes méthodes ».

Spontanément, il se présente lui-même comme quelqu’un de carré. Pour preuve, quand le quotidien l’Equipe lui formula une demande sur les détails d’une préparation estivale, ce dernier envoya la liste complète de son programme sans occulter le moindre détail. Il transmit alors aux journalistes une page de données chiffrées jusqu’au nombre précis de bananes et de pâtes de fruits avalées à l’entraînement.

Le fait d’avoir tout gagné présente aussi un réel avantage. Aux dires de ses proches, il prend le départ des courses avec beaucoup moins de stress qu’à ses débuts car il se focalise désormais uniquement sur la manière de remporter la course et non sur le résultat final. Cette concentration sur les basiques évite l’inhibition engendrée par le stress d’un trop plein de pression d’enjeu en focalisant le champion sur la pression sur le jeu, sur le « comment on fait pour gagner ? », qui réduit considérablement le stress.  

Même après un effort d’une intensité extrême, Martin Fourcade a la capacité de ne négliger aucun détail. Par exemple, à l’arrivée à la mass-start aux JO de Sotchi où il finit deuxième après un sprint dantesque, il prend le temps de saluer le vainqueur et marche d’un pas léger vers la zone mixte. Une véritable intox psychologique sachant qu’il tombera d’épuisement quelques minutes après, passant à deux doigts de l’évanouissement. Mais ne pas montrer ses faiblesses à ce moment-là de la course a forcément eu un impact pour la suite de la compétition qu’il remportera dans la foulée.

Pour résumer, celui qui marque chaque jour un peu plus l’histoire de son sport s’appuie, sans surprise, sur une recette qui fait mouche systématiquement. Martin Fourcade est en effet à lui seul une entreprise profondément cohérente. Animé par une mission intemporelle, il sait formuler des projets ambitieux en adéquation avec ses points forts et ses sources de plaisir qui découlent directement des sujets sur lesquels il a été valorisé étant petit. Il trouve ainsi l’énergie de se transcender à chaque course et de challenger l’existant sans remettre en cause les fondements sur lesquelles se basent ses réussites passées. Finalement, il ne reste qu’une question en suspens : jusqu’où ira le chasseur de records avec une telle capacité de travail ? Très loin sans doute car comme le disait Confucius, « Fais de ta passion ton métier et tu ne travailleras pas un seul jour de ta vie ».

 

 

 

 

 

 

 

Coach, leader, facilitateur, les 7 leçons de management de Mike Horn

Depuis plus de 20 ans, Mike Horn, l’aventurier explorateur qui a fait de sa passion son métier, parcourt les quatre coins du globe pour repousser ses limites et accumuler exploits et records. A force de se retrouver seul face à lui-même, ce solitaire fait également preuve d’une profonde connaissance des ressorts motivationnels que nous avons en chacun d’entre nous. A la lumière des deux expéditions qu’il a effectuées avec Michael Youn et Matt Pokora dans le cadre de l’émission « A l’état sauvage », nous revenons sur ses talents de coach qui ont permis aux deux célébrités de se dépasser et de relever l’immense défi qui s’imposait à eux.

 

Leçon N° 1 : le coach nous aide à voir les choses différemment pour permettre de nous réaliser

« Si vos rêves ne vous font pas peur, c’est qu’ils ne sont pas assez grands. » Voici une formule qui résume assez bien la philosophie de vie du célèbre explorateur.

En effet, un coach a trois missions principales :

  1. Nous (ré)aligner avec qui nous sommes
  2. Nous libérer de nos contraintes pour nous autoriser à rêver
  3. Créer les conditions d’atteinte dudit rêve.

Et c’est précisément ce que fait le coach Mike Horn. A travers son slogan : « Il n’y a qu’une seule limite, celle qui est en nous » apparait son leitmotiv : pousser l’autre au bout de ses limites, dans ses derniers retranchements physiques et psychologiques pour lui révéler qui il est. Et c’est en cumulant la fatigue, la faim, la soif et les conditions extrêmes dans un environnement hostile qu’il pousse l’autre à voir qui il est vraiment.

 

Leçon N°2 : le lancement du projet pour embarquer les équipes

En bon gestionnaire de projet, Mike Horn soigne le lancement de l’épopée en respectant une trame qui va donner envie de s’investir dans l’aventure :

  1. Le contexte et le sens : « Nous sommes au beau milieu de nulle part, nous allons vivre une aventure extraordinaire. Nous allons marcher où personne n’a jamais marché, dormir où personne n’a jamais dormi. Nous allons voir des environnements extraordinaires et repousser les limites pour savoir qui tu es vraiment. »
  2. L’objectif : « Nous allons faire 150 Km en milieu hostile pour retrouver la civilisation. »
  3. L’amplification des difficultés à venir : « ça va être très difficile, c’est tout sauf une promenade de santé, tu n’as jamais été confronté à un défi de cette envergure. »
  4. Le plan d’action et les moyens à disposition : « 6 jours, 5 nuits, 30 Km par jours, des descentes en rappel, 70 Km de dunes… On va prendre le strict minimum, ce que la nature ne peut pas fournir : un hamac, un sac de couchage, un couteau et une gourde pleine pour éviter que le sac ne soit trop lourd. Il va falloir mettre l’énergie au bon endroit pour éviter d’en perdre. »
  5. Règles du jeu et consignes de sécurité : « regarde, observe, soit attentif et vigilant, ton bâton c’est ta ligne de survie, c’est la distance entre la vie et la mort »
  6. Mot d’encouragement pour lancer la première étape.

 

Leçon N° 3 : Regardez les choses de façon positive

C’est sans doute la leçon la plus importante transmise par le coach Mike Horn. « Ton regard crée ton environnement ». Ressasser les problèmes et râler à chaque pas rend l’exercice encore plus dur. Il faut changer ce regard, voir le côté positif des choses en se disant : il n’y a qu’ici et nulle part ailleurs que la vie peut offrir une telle expérience.

Il faut commencer par y croire, être acteur de ses problèmes en y apportant des solutions. « D’un coup, ton univers va s’ouvrir et ton regard sur le monde et sur cette aventure va changer ». En d’autres termes, il ne s’agit pas de croire ce que l’on voit, il s’agit de voir ce que l’on croit. Quand on joue avec cette idée, c’est notre univers tout entier qui est métamorphosé. 

 

Leçon N°4 : le séquencement du temps pour cadencer les efforts

Michael Youn : « tu m’as donné la force d’avancer avec ton histoire de rivière. »

L’idée d’infini est totalement démotivante pour l’être humain. Pour performer dans la durée, l’être humain a besoin de séquences courtes qui lui permettent de mesurer très régulièrement le chemin parcouru, capitaliser sur les succès et reprendre de l’énergie pour continuer. Cette politique des petits pas, Matt Pokora en fera même son nouveau slogan : « Pour aller loin dans la vie, c’est un pas après l’autre. »

C’est une des techniques de coaching que l’explorateur utilise tout au long du voyage et qui garantit que la célébrité dont il a la charge n’abandonne pas au milieu des dunes de sables ou dans la jungle au pied d’un arbre.

Mike Horn séquence donc le trajet journalier en plusieurs petites étapes, à la fois ambitieuses et réalistes, en redonnant à chaque fois du sens et en parlant des bénéfices quand l’étape sera atteinte. « On va arriver là-haut, cela nous permettra de visualiser le chemin le plus direct pour arriver au village, ça va nous permettre d’économiser plusieurs kilomètres de marche. Et en plus le panorama sera magnifique. »

Dernier élément, il ne répond jamais de façon explicite à ses acolytes lorsque ceux-ci le pressent pour savoir « combien il reste de kilomètres aujourd’hui ? ». En revanche, il continue à séquencer le parcours pour donner de la visibilité à court terme. « Regarde, on va en haut de cette montagne et on aura bien mérité une pause ». Il veille à ce que les pauses ne soient pas trop longues, il donne des petites baies énergétiques qui permettent de redonner le petit coup de « boost » qui fait avancer jusqu’à la libération. Tel un équilibriste, il pilote constamment l’énergie pour obtenir le meilleur de l’autre sans jamais atteindre le stade du découragement.

 

Leçon N°5 : la valorisation des efforts et des progrès pour redonner de l’énergie

A chaque étape, Mike Horn fait un bilan positif de ce qui vient d’être accompli pour donner l’énergie de passer à la prochaine étape. Il valorise les progrès, revient sur les difficultés surmontées et il est à l’écoute des sensations de l’autre.

Il valorise par exemple la première descente en rappel et écoute les sensations que Matt Pokora a eu. Il remonte le moral en envoyant des messages très positifs : peu de gens arrivent à faire ce que tu as fait aujourd’hui, c’est normal d’être fatigué. Il note chaque progrès : « tu fais moins de bruit, tu observes, tu te lèves la nuit pour remettre une bûche, je vois que tu t’impliques beaucoup plus et désormais, on est vraiment une équipe. »

Quant au lancement de la séquence suivante, il reprend la trame évoquée précédemment : Sens, objectif, difficultés à venir, moyens pour surmonter les difficultés et encouragement. 

 

Leçon N°6 : l’exemplarité, un prérequis indispensable pour manager

« C’est important que je montre l’exemple, c’est un acte visuel : je suis convaincu que les actions parlent plus fort que les paroles ». Mike Horn

Pour Mike Horn, l’exemplarité n’est pas qu’un simple principe, c’est une condition du succès pour mener l’expérience à son terme. A 50 ans, il affiche une détermination sans faille à chaque instant : son sac est plus lourd (quand il ne porte pas carrément le deuxième sac), il marche plus vite, il ne râle jamais : le rôle de leader charismatique lui va à merveille et lui permet de tirer le binôme vers le haut tout en inspirant le plus grand nombre.

Il montre la voie quand il s’y reprend à deux fois pour atteindre le haut d’un cocotier. A travers cette abnégation, il prouve sa détermination à se dépasser constamment et à ne jamais lâcher. Après une telle prouesse, il est plus difficile pour son binôme de se chercher des excuses pour ne pas se dépasser à son tour.

 

Leçon N° 7 : Pour faire grandir, s’adapter au niveau d’autonomie de l’interlocuteur

La meilleure manière de retenir quelque chose est de vivre une expérience qui va favoriser la prise de conscience, la remise en question et, immédiatement après, une évolution des pratiques. Il s’agit très certainement de la meilleure façon de retenir un enseignement et c’est précisément la clé d’entrée de Mike Horn pour sensibiliser Matt Pokora sur les dangers de la jungle.

Mike Horn commence en effet l’initiation de sa jeune « recrue » par une « learning experience ». Il se camoufle et se place juste à côté de Matt Pokora qui ne se rend compte de rien jusqu’à que celui-ci lui saute (amicalement) dessus.

« Tu es passé à côté de moi sans me voir, il va falloir que tu sois beaucoup plus attentif parce que sinon la jungle va te tuer ».

En bon pédagogue, il sait s’adapter au niveau d’autonomie de son binôme et lui permet de repousser progressivement ses limites au fur et à mesure de l’expédition et l’accompagne pas à pas dans son développement. Le but n’est pas de le décourager mais plutôt de le pousser dans ses retranchements en augmentant la complexité des tâches au fur et à mesure.

En résumé, Mike Horn ; de par son charisme, son expérience, son empathie, son exigence bienveillante, ses conseils, son exemplarité et sa façon de manager un projet ; devient un référent dont le regard pousse l’autre à se dépasser. Dans un rôle de facilitateur de la transition, et en l’espace de cinq jours, il parvient à métamorphoser deux célébrités habituées au confort occidental tant et si bien qu’ils ne souhaitent qu’une chose, poursuivre le voyage pour que l’aventure ne s’arrête pas. C’est la force de ce coach : il est passionné et transmet sa passion à travers une approche de coaching particulièrement cohérente : pousser l’autre dans ses retranchements tout en créant les conditions de la motivation pour l’amener à découvrir qui il est et ainsi le révéler sous son meilleur jour.

Churchill, une incroyable énergie au service d’une détermination à toute épreuve

Churchill disait, « Agissez comme s’il était impossible d’échouer. » A l’occasion de l’anniversaire de sa mort, nous revenons sur le parcours hors du commun de celui qui restera le chef de guerre, sauveur du monde libre, qui se dressa contre la barbarie nazie. Soldat, correspondant de guerre, écrivain, peintre, député, Premier Ministre, Prix Nobel ; il n’y a pas de superlatif assez fort pour décrire le parcours de celui que l’on surnommait « le vieux lion ». D’où venait l’incroyable énergie de ce fonceur invétéré ? D’où lui venait la ténacité qui lui a permis de mobiliser derrière lui un pays tout entier ? Analyse de la vie d’un géant qui a marqué le XXème siècle d’une empreinte indélébile.

1.      Une enfance douloureuse résultant d’un profond manque de reconnaissance.

Winston Churchill est issu d’une des plus illustres familles d’Angleterre. Son ancêtre le Duc de Marlborough, John Churchill, a vaincu les troupes de Louis XIV en 1704 et a reçu en récompense le château de Blenheim.

Enfant de l’ère victorienne, passionné par l’épopée de ses ancêtres, il rumine des histoires de soldats, de batailles et de guerres. Il est fasciné par les tapisseries de son aïeul menant des batailles sur son cheval et baigne dans un univers guerrier dès sa plus tendre enfance. Cet environnement aura bien entendu une forte influence sur celui qui passe alors son temps à jouer au petit soldat.

Ce cadre en apparence idyllique masque en réalité la part la plus triste et la plus sombre de son histoire : l’indifférence de ses parents. Trop occupés à courir les mondanités et les garden parties, ils délaissent totalement le petit Winston qui sera éduqué, comme le veut la tradition victorienne, par sa nourrice et pour ainsi dire sa mère de substitution.

Surnommé par ses proches « le petit bulldog », il fait l’unanimité auprès de ses professeurs : c’est un enfant exécrable et odieux, qui gâche de formidables capacités. Sans doute cherche-t-il, à travers ce comportement, à attirer l’attention, lui qui manque constamment de la plus basique reconnaissance parentale. « J’ai grandi dans la poche de son gilet, oublié comme un penny. »

Envoyé en pension assez jeune, il ne reçoit jamais plus d’une visite parentale par an malgré ses supplications incessantes. Pour atténuer sa solitude affective, il peuple son adolescence de lectures et fera de la littérature et de l’écriture un fil conducteur de son aventure épique.

Churchill voue une admiration sans faille à son père. Il apprend par cœur ses discours, remplit des albums entiers où il compile tous les articles et les caricatures, lui vouant au quotidien au véritable culte. Il lui consacrera d’ailleurs deux ouvrages biographiques. Et pourtant, son père, n’ayant à lui offrir que du mépris, le rabaisse constamment. Le plus parlant pour illustrer leur relation tumultueuse reste cet extrait de leurs échanges épistolaires : « Vous êtes la plus grande déception de ma vie et vous ne serez jamais qu’un raté, un perpétuel recalé, un rebus de la société et vous mènerez une vie médiocre et misérable jusqu’à la fin de vos jours. »

Après avoir vu sa carrière politique exploser en plein vol après un vote de son budget contesté, Randolph Churchill meurt prématurément le 24 janvier 1895 à l’âge de 46 sans jamais avoir accordé la moindre reconnaissance à son fil mal aimé. C’est à ce moment que Winston devient réellement Churchill. A 20 ans, il devient un homme pressé, pressé d’accomplir de grandes choses, étant persuadé qu’il mourra jeune lui aussi. Dès lors, il ne s’arrêtera plus et fera preuve d’une détermination à toute épreuve.

2.      La motivation revancharde, source du rêve qui va lui permettre d’écrire l’histoire.

La motivation revancharde nait d’un échec, d’une frustration ou potentiellement d’une humiliation. C’est une scène fondatrice où l’on se dit : « je ferai tout pour laver l’affront, pour ne plus revivre pareille déception ou désillusion ». En l’occurrence, Churchill se dit : « Je prouverai à mon père que je ne suis pas un raté ou la honte de ma lignée, et le seul moyen d’y parvenir, c’est de marquer l’Histoire de mon empreinte. »

Dès lors, il est pressé d’accomplir de grandes choses avant que la mort ne l’emporte à son tour. Cette motivation va lui donner l’énergie de définir un projet extrêmement ambitieux et d’accomplir ses rêves. Il a été le fils indigne, il va mettre toute son énergie pour être à la hauteur de son ancêtre. « L’ Histoire me sera indulgente, car j’ai l’intention de l’écrire. »

Ne voulant pas utiliser son nom, la renommée de son père ou son réseau d’influence, il décide se faire seul pour que l’on ne puisse pas l’accuser de tirer parti de sa filiation. Il part sur tous les fronts de l’empire colonial britannique en quête d’action car il subodore que c’est le moyen pour lui de se distinguer. Inde, Soudan, Cuba, Afrique du sud, il sera célébré à son retour en héros de l’empire. Les articles envoyés du front par dizaines ont bien entendu participés à construire la renommée lui permettant de sortir du lot et d’être élu député à l’âge de 26 ans.

Il participe à 14 élections, écrit 14 livres, des centaines d’articles et de discours, dont plusieurs passeront à la postérité. Il reçoit le prix Nobel de littérature pour son récit de la seconde guerre mondiale et sera également père de cinq enfants. Il fourmillera d’idées tout au long de sa vie.

 » Churchill a deux cents idées par jour dont quatre seulement sont bonnes mais il ignore lesquelles ». Franklin D. Roosevelt

Trompe la mort, il survit à cinq conflits armés où il est en première ligne sans jamais être blessé. Il échappe à trois accidents d’avion qui en auraient tué plus d’un et frôle la mort en se faisant renverser par une voiture à New-York. A l’âge de 65 ans, il devient le dernier rempart pouvant empêcher les hordes nazies d’envahir la Grande Bretagne. Le bulldog sera le symbole de l’Angleterre qui lutte et qui ne renonce jamais.

En revanche, il est intéressant de noter qu’aux moments où Churchill cesse d’être en projet, son extraordinaire énergie l’abandonne aussitôt. Après chaque revers politique et militaire, inévitable en 60 années de carrière politique, la dynamique du projet est brisée. Dès lors, il sombre dans de profondes dépressions qu’il appellera son « black dog ».

Derrière ces revers, c’est son père qu’il décevait, ce qu’il ne supportait que très difficilement. Il luttera toute sa vie dans cette quête du deuil impossible de la reconnaissance du père, celle qu’il n’obtiendra jamais, malgré ses services rendus. Le poids de l’ombre de son père n’a cessé d’être présent et d’orienter obscurément sa vie, qui pouvait parfois être extrêmement sombre. Ce rapport au père revêt un côté totalement obsessionnel tout au long de la vie du fougueux Winston.

3.      Utiliser ses talents naturels pour réaliser ses rêves.

« Deviens qui tu es et accomplis ce que tu es le seul à pouvoir accomplir. » Nietzsche

Ce parcours extraordinaire n’a rien à voir avec la chance. Churchill est plutôt un parfait exemple pour illustrer deux de nos croyances les plus profondes.

Nous n’atteindrons que ce que l’on vise : sans un rêve très ambitieux, la réussite n’est pas possible. Le rêve est moteur, il nous met en mouvement et donne à l’être humain une énergie phénoménale au quotidien. Le rêve de Churchill était de faire de grandes choses pour marquer l’Histoire et ainsi obtenir la reconnaissance de son père, même à titre posthume. Ce rêve ultime a généré en lui une énergie endogène et a guidé ses actes héroïques tout au long de sa vie.

Nous ne pourrons nous réaliser qu’en utilisant nos points forts : il y a des milliers de chemins différents pour réaliser le même rêve mais à titre individuel, un seul et unique chemin nous permettra d’y parvenir. Et ce n’est qu’en étant aligné avec qui nous sommes et en étant lucide sur nos points forts que nous parviendrons à atteindre nos plus belles ambitions. Encore faut-il parvenir à s’autoriser à rêver dans une société où notre cerveau droit, siège de l’onirisme et de l’intelligence émotionnelle, est totalement inhibé depuis notre arrivée à l’école primaire.

Un jour, Winston Churchill confia : « Aujourd’hui, nous sommes le 24 janvier. C’est le jour où mon père est mort. C’est le jour où je mourrai moi aussi. » Churchill tombe dans le coma le 10 janvier 1965 mais, comme il l’avait annoncé 12 ans auparavant, résiste jusqu’au 24 janvier. 70 ans, jour pour jour, heure pour heure après le décès de son père. Même sa mort est un ultime appel à celui qui l’a tant méprisé.

Cette dernière anecdote révèle finalement la clé de l’énigme Churchill. Son moteur secret et les principales facettes de cet homme d’exception ont la même source. Il puise sa puissance guerrière dans la genèse familiale, sa ténacité découlera de son surnom quand il était enfant et ses qualités d’orateurs et d’écrivain découlent de l’admiration qu’il porte aux discours de son père. Son infaillible ambition le pousse à réussir là où son père a échoué pour redorer le blason familial et son incroyable énergie émane de cette formidable mise en projet, rendue possible par la blessure originelle de n’avoir jamais existé aux yeux de son père.

En résumé, la recherche de reconnaissance d’un père idolâtré et une cohérence entre ses actes et ses points forts naturels ; tels sont les fondements qui ont structuré la personnalité complexe de Winston Churchill. C’est une preuve supplémentaire que l’Homme se structure avant tout à travers un besoin viscéral de reconnaissance ; ou à défaut d’en recevoir, à travers une motivation revancharde qui permettra de pallier ce manque insupportable, à condition d’être aligné sur ses points forts. En définitive, le père de Churchill, par son manque d’humanité, a finalement contribué à sauver ce qui restait de l’Humanité.

Sébastien Loeb, ou quand une pierre fait perdre David contre Goliath

Pour sa deuxième participation au rallye-raid mythique, Sébastien Loeb a manqué de (très) peu de rentrer encore davantage dans l’histoire du sport automobile. Il aura lutté sans relâche, « le couteau entre les dents », pour la victoire finale ; au coude à coude pendant près de deux semaines avec celui que l’on nomme Mr Dakar et qui est le maître incontesté de l’épreuve. Un caillou à l’origine d’une crevaison est finalement venu briser les ambitions du nonuples champion du monde WRC qui, en tant qu’outsider assumé, rêvait de déloger Stéphane Peterhansel de son trône.

A cette occasion, nous revenons cette semaine sur le parcours d’un des plus grands champions du sport automobile. Découvert sur le tard, il est le plus titré de sa catégorie avec des records aussi nombreux que stratosphériques. Comment a-t-il fait pour surclasser tous ses concurrents pendant près d’une décennie ? D’où lui vient cet esprit de compétiteur qui lui permet d’empiler les trophées et les records sans jamais être rassasié ? Retour sur les exploits de celui qui demeure d’année en année l’un des sportifs préférés des français.

1.      Une enfance sportive qui forge un caractère de champion.

Issue d’une famille où le sport à toujours occupé une place prépondérante, Sébastien Loeb est « tombé dedans quand il était petit ». Encore très loin des sports mécaniques, il débute la gymnastique à l’âge de trois ans sous l’impulsion de son père, double champion de France universitaire dans la discipline. Et s’il y a un bien un sport synonyme de discipline, c’est bien celui-là !  Sa mère, professeur de mathématique, lui transmettra sans doute la rigueur et la précision d’une science particulièrement structurante.

Des dires de l’intéressé lui-même, le rallye n’est pas un sport qui demande de grandes capacités physiques. Mais dans une discipline où tout peut se jouer à 1/10 ème de seconde, il ne faut rien laisser au hasard. Une excellente condition physique peut donc faire la différence quand il faut aller puiser dans ses dernières ressources physiques et mentales pour l’emporter. Le physique d’athlète permet alors de ne pas s’épuiser et de rester concentré jusqu’au drapeau à damier. Cela a sans doute été un avantage précieux ces deux dernières semaines, les conditions climatiques étant dantesques.

De plus, lorsque l’on se retrouve face à des juges qui dissèquent et décomposent l’ensemble des nos mouvements, il est indispensable d’être en recherche constante de la perfection. Sébastien Loeb est l’un des pilotes à l’origine de l’introduction dès le début des années 2000 d’un nouveau style épuré de conduite, copié par leurs successeurs et faisant encore aujourd’hui office de référence. Cette nouvelle approche consiste à rechercher systématiquement la trajectoire optimale. Concrètement, il adopte des techniques de freinage beaucoup plus en ligne et prescrit le survirage lors des entrées en courbes afin de limiter au maximum les phénomènes de glisse et ainsi conserver la meilleure vitesse de pointe possible.

Ainsi donc, dès son plus jeune âge, l’alsacien se familiarise avec l’exigence d’un sport qui lui permet d’intégrer l’ensemble des paramètres de la réussite sportive. A l’âge de six ans, il truste déjà les podiums avec une culture de la gagne chevillée au corps. Il y apprend le goût de l’effort, la gestion du stress et de la concurrence, l’esprit de compétition, la concentration et aussi, l’équilibre. 

Tous ces fondements structurent très tôt la personnalité de celui qui a la réputation d’aller systématiquement au bout des choses. Durant toute son enfance, il enchaine les compétitions et se construit un joli palmarès, qui, à n’en pas douter, aurait pu le conduire jusqu’aux Jeux Olympiques. Il sera quatre fois champion d’Alsace, une fois champion du Grand Est et finira 5e au Championnat de France. Déjà à l’époque, rien ne le motive plus que la victoire. Mais voilà, quelqu’un a eu la bonne idée de lui mettre un guidon entre les mains.

2.      Des référents qui le structurent et l’accompagnent jusqu’au sommet

« De toute façon, il n’y a qu’une chose qui m’intéresse c’est la première place. Le reste ne m’intéresse pas »

Un peu avant ses quatre ans, ses parents, référents primaires, qui accompagnent toutes les premières aventures, lui offrent un vélo avec lequel il ne perd jamais une occasion de faire la course. Il voue une passion sincère et véritable à la vitesse. Que ce soit sur un tricycle, une mini-moto ou une « mob’ », la seule chose qui compte pour lui, c’est de « finir devant. »

Rapide, téméraire, il a un sens inné du pilotage qu’il développe en mobylette sur les parkings, dans les bois, et surtout, sous le regard de son père pendant les compétitions. Très vite, ce dernier sera d’ailleurs interpellé par ses exceptionnelles capacités.

Sebastien Loeb sera aussi regardé et valorisé par ses référents tertiaires (famille et amis), notamment par sa grand-mère. Elle sera son premier sponsor en lui offrant ce fameux « premier volant » dont rêves tous les jeunes pilotes en lui permettant l’achat de sa toute première voiture. Le regard valorisant de ses amis, prépondérant à l’adolescence, n’est pas en reste puisque lui et ses compères passent tout leur temps libre à faire la course avec leurs bolides, au grand damne du voisinage.

La rencontre qui va changer la vie de Sébastien Loeb arrive sur le tard, lorsqu’il a 21 ans. A l’issue de l’opération rallye jeune où il a brillé, Dominique Heintz lit un article sur lui et décide de le prendre sous son aile. Ce dernier va même jusqu’à hypothéquer sa maison pour financer les débuts du jeune prodige.

Dans la foulée, c’est au tour du directeur de la branche sportive de Citroën, Guy Fréquelin, de jouer le rôle de référent secondaire, sorte de père spirituel qui manage et qui coach en accompagnant le développement de l’individu, généralement jeune adulte, au quotidien. La particularité de Guy Fréquelin : parvenir à faire la synthèse complexe et subtile entre exigence et bienveillance. Ce mentor pousse le champion en devenir dans ses retranchements et le challenge au quotidien tout en veillant sur lui avec patience et bienveillance.

Autour de lui, c’est un noyau dur d’une quinzaine de personnes qui l’aide à se structurer et qui a un réel impact sur ses performances.

3.      Le travail au quotidien pour aller toujours plus vite et briller dans la durée.

2003 sera une année charnière, de celles qui voient naître un levier motivationnel extrêmement puissant : la motivation revancharde. Lors du dernier rallye de la saison, Loeb, alors deuxième, doit jouer la sécurité et laisser filer le titre en assurant la deuxième place pour garantir à Citroën le titre constructeur. Professionnel, et avec un esprit d’équipe et de camaraderie chevillé au corps, il obéit aux ordres sans faire de vague et jure que l’on ne l’y reprendra plus. Il comprend que chaque point compte ; et qu’il ne faut jamais se relâcher, même avec une avance confortable au classement.

Un des secrets de l’alsacien ? un système de note unique pour décrire la piste, élaboré avec son co-pilote et ami Daniel Elena. D’année en année, le code est peaufiné, corrigé, amélioré et répété avec un souci du détail impressionnant. Même si la spéciale est identique, tout est remis systématiquement à plat. Les notes sont retranscrites avec beaucoup de précision : angle du volant, présence de gravier ou de boue. Daniel Elena donne le rythme et la cadence au pilote par la voix. Les notes sont pour ainsi dire « chantées » par dans le bon tempo.

Aux dires de son épouse, qui a parfois été sa co-pilote, il fait preuve d’un calme et d’une concentration à toute épreuve. Son passé de gymnaste nous invite bien entendu à la croire sur parole. C’est, à n’en pas douter, son sens du détail et son perfectionnisme qui lui permettent, à l’image de Teddy Riner, de minimiser la « pression d’enjeu », la pression sur le combien, sur le résultat final. Il ressent alors plutôt une « pression sur le jeu », sur les moyens concrets, sur le comment atteindre les résultats escomptés.

« Quand j’arrive à la limite, il s’ouvre un espace de liberté. Sébastien Loeb »

Sa mission intemporelle, cette fameuse quête frénétique de vitesse optimale le pousse et lui donne l’énergie de se soucier perpétuellement des moindres détails. A l’image de la préparation minutieuse des 24 heures du mans 2006 où lui et ses coéquipiers terminent sur la deuxième marche du podium, il fait plusieurs le tour de reconnaissance en scooter et ne commettra aucune erreur. Chez lui, le souci du détail tourne à l’obsession, et, à l’image d’un maestro, il répète ses gammes encore et encore. Il n’y a aucune place à l’improvisation pour celui qui termine le plus souvent tout en haut du podium.

En résumé, Sébastien Loeb est un passionné de vitesse qui a su élever sa discipline au rang d’art. Les qualités valorisées dans son enfance, son goût de l’effort, sa rigueur, sa précision et son perfectionnisme, ont permis à l’actuel record man du Pikes Peak de régner sur le monde du rallye pendant près d’une décennie. A l’issue de sa deuxième place de ce week-end, le champion nous laisse avec l’agréable pressentiment que l’on va le retrouver sur la prochaine édition du Dakar et qu’à cette occasion, il finira sur la plus haute marche du podium et rajoutera une nouvelle ligne, et quelle ligne, à son époustouflant palmarès. On prend les paris ?

Pourquoi l’Homme a t-il tant besoin de reconnaissance ?

Que peuvent bien avoir en commun une dame âgée qui papote avec la caissière du supermarché le lundi soir à l’heure de pointe, un enfant qui écrit au feutre sur les murs de sa chambre et un salarié en rejet total de la stratégie de son entreprise ? Peut-être l’aurez-vous deviné, chacun manque à différents degrés du besoin universel de l’être humain : la reconnaissance.

D’où nous vient ce besoin vital ? Pourquoi est-il indispensable à notre épanouissement ? Et surtout, que se passe-t-il lorsque celui-ci n’est pas assouvi ? Retour sur un besoin fondamental trop souvent galvaudé malgré son impact déterminant sur la motivation des équipes, et par conséquent, sur les performances de l’entreprise.

  1. Des expériences scientifiques et anthropologiques qui prouvent que la reconnaissance est vitale pour l’Homme.

Lorsque l’on demande à quelqu’un de quoi l’être humain a besoin pour vivre, la réponse qui revient le plus souvent et de manière très spontanée est « Boire, manger, dormir ». Une réponse somme toute logique, notamment lorsque l’on pense aux besoins énoncés par Maslow. « L’expérience interdite » de l’empereur Frédéric II nous montre que sa fameuse pyramide éponyme est cependant incomplète, voire erronée.

Au treizième siècle, Frédéric II, empereur du saint empire romain germanique, passionné par les langues (il en parlait 9) se demanda qu’elle était la langue naturelle que parlerait l’être humain s’il n’était pas influencé par le dialecte utilisé par son entourage.

Pour mener à bien cette quête de la langue originelle, il confie six orphelins à des nourrices. Il demande à ces dernières de subvenir à tous les besoins physiologiques des bébés mais leur interdit de leur parler et de discuter entre-elles en présence des nourrissons. Les infirmières s’en occupent alors de façon automatique sans un lien privilégié d’attachement. Privés d’affection, les jeunes enfants dépérirent et finirent tous par mourir.

Dès les années trente, le psychiatre René Spitz nommera cet état l’hospitalisme. En observant le comportement de bébés placés dans une pouponnière de prison et séparés de leurs mères délinquantes, il constata avec effarement l’évolution dramatique de l’état psychologique des nourrissons.

Le premier mois, les enfants sont tristes, pleurent et recherchent le contact physique avec tout adulte à proximité. A partir du second mois, Spitz constate un arrêt du développement et le début de la perte de poids. Puis, au bout de trois mois, l’enfant refuse le contact, la nourriture, il a des insomnies. Il demeure anxieux et indifférent. L’enfant est vide, totalement absent, abattu, il a une activité répétitive : il se berce lui-même, suce le pouce avec le regard perdu, et parfois même, il se tape pour provoquer une interaction. Il n’y a plus aucun intérêt pour les gens et l’environnement.

Dans sa pyramide éponyme, Maslow place le sentiment d’appartenance, et par conséquent la socialisation, au troisième étage des besoins de l’être humain. Ces expériences et ces observations tendent à prouver, de façon irréfutable, qu’homo sapiens est avant tout un animal social qui a besoin d’interactions d’ordre affectives avec ses semblables.

  1. Un besoin vital qui va s’ancrer dès la naissance et durer toute notre vie.

Nous avons tous en tête l’image du tout jeune poulain qui se tient sur ses quatre pattes quelques minutes à peine après être sorti du ventre de sa mère. Les nouveaux nés des espèces nidifuges ; à savoir la plupart des proies, les herbivores et certaines espèces d’oiseaux ou de cétacés ; font preuve d’une formidable autonomie quelques minutes seulement après la naissance. Il est en effet vital pour la survie de l’espèce qu’ils soient capables de se déplacer rapidement pour échapper aux prédateurs.

A l’inverse, l’espèce humaine n’est autonome que très tardivement. Edenté, incapable de tenir debout, totalement impotent, le « petit d’homme » n’est finalement qu’un grand prématuré incapable d’autonomie avant environ une vingtaine de mois. Ceci n’est que la conséquence de la merveilleuse capacité d’adaptation de la nature.

Pourquoi diable mère nature ferait-elle cela ? La naissance au terme de 9 mois n’est que la résultante de deux bouleversements majeurs survenus durant notre longue évolution. Le premier bouleversement date d’homo erectus : le redressement et le passage à la station debout. Lorsque l’espèce humaine est devenue bipède, notre bassin s’est rétrécie rendant impossible une gestation trop longue pour la mère.

Deuxième bouleversement, l’utilisation d’outils par homo habilis. L’accès régulier et pour ainsi dire quotidien à des protéines issues de la chasse a grandement augmenté nos capacités cérébrales et la taille de notre boite crânienne. La nature, qui sait faire preuve de pragmatisme, s’est une fois de plus adaptée en trouvant un juste équilibre entre la taille du bassin et le volume de la boite crânienne.

Cet état « végétatif » nous rend totalement dépendant du regard de nos parents. C’est la raison pour laquelle les enfants sont des boulimiques de reconnaissance et ne se lassent jamais d’être observés, valorisés voire sur-applaudis dès lors qu’ils sont en présence des référents indispensables à leur épanouissement.

Le besoin de reconnaissance est une des principales sources de motivation de l’enfant. Quel parent n’a pas en mémoire des enfants surexcités autour de lui durant une conversation téléphonique qui s’éternise un peu ? Le message subliminal envoyé par l’enfant est : « regarde-moi ».

Quand on ne s’intéresse pas au dessin qu’un enfant a fait sur une feuille, il colorie les murs et obtient ce qu’il désire, de la reconnaissance. Reconnaissance certes négative (il se fait gronder), mais de la reconnaissance tout de même. La plupart des bêtises des enfants sont liées à un manque ponctuel d’intérêt pour ce que fait l’enfant. Bien entendu, l’inconscient préfère la reconnaissance positive. Mais il préfèrera toujours la reconnaissance négative à l’indifférence qu’il ne pourra jamais supporter.

  1. A l’âge adulte, le manque de reconnaissance a un impact tout aussi désastreux.

Si les enfants sont des boulimiques de reconnaissance, il en va exactement de même pour les adultes. L’octogénaire qui va faire ses courses à l’heure de pointe cherche simplement « à voir du monde » et tente de combler la solitude qui l’accable au quotidien. Même si c’est agaçant pour les actifs pressés et stressés, il faut garder à l’esprit que pour elle, un peu comme le passage du facteur dans certains villages, une des rares occasions de socialisation.

Les personnes âgées sont souvent sujet à la solitude avec des conséquences non moins dramatiques. Cela se traduit en premier lieu par un déclin de l’attention portée à soi. Après tout, si personne ne vous voit, à quoi bon prendre soin de son apparence ? S’en suit alors un arrêt de l’alimentation, des démences séniles telles que l’invention d’un monde imaginaire, et dans les pires cas, des complications neuropsychologiques.

L’isolement empêche la verbalisation des affects et donc la possibilité de communiquer nos émotions et ressentis, nos angoisses et nos peurs aux autres et se faisant de les soulager en partie. Cela engendre Dépressions, attaques de paniques, troubles émotionnels, diminution des capacités d’analyse et de repérage dans le temps et l’espace, problème de mémoire, désorientation, absences… Toutes ces manifestations de la solitude ne sont pas sans rappeler l’hospitalisme des nourrissons livrés à eux-mêmes.

Au sein de l’entreprise, le manque de regard de la part du manager, référent secondaire indispensable à l’épanouissement de l’individu, a de nombreuses conséquences. Cela provoque des comportements nocifs, ceux-ci ayant de profonds impacts sur la performance globale de l’entreprise.

Le schéma de la démotivation.

Ces symptômes vous rappellent certains de vos collègues ? Ne cherchez plus, ils sont tous la conséquence d’un seul et même syndrome : le manque de reconnaissance de la part de la hiérarchie. L’impact des difficultés personnelles est bien évidemment à prendre en compte mais dans la grande majorité des cas, dès que l’on creuse un peu, on s’aperçoit qu’il s’agit là encore d’une cruelle absence de regard.

Vous en conviendrez, l’absence de reconnaissance n’a vraiment rien de réjouissant. A contrario, recevoir de la reconnaissance de la part des référents qui comptent réellement à nos yeux est une source phénoménale d’énergie qui nous permet de déplacer des montagnes.

  1. L’impact extrêmement positif sur notre motivation lorsque le besoin de reconnaissance est assouvi.

En ce qui concerne les effets positifs de la reconnaissance sur l’être humain, ils sont aux antipodes des conséquences évoquées précédemment.

Parents, vous voulez que votre enfant développe sa fibre artistique ? Intéressez-vous à ses dessins. Vous voulez qu’il devienne champion de basket ? Jouez avec lui et allez voir ses matchs ! Dans la prime enfance, toute la reconnaissance positive reçue de la part des référents primaires nourrie l’estime de soi dans les domaines valorisés et nous permet de développer nos points forts.

Quand on analyse le parcours des grands champions ou de ceux qui rencontrent des succès hors du commun, on retrouve systématiquement le même dénominateur commun : enfants, ils ont tous été sur-applaudis dans leur domaine de prédilection et ont cultivé des points forts spécifiques générateurs d’un cercle vertueux extrêmement puissant.

« On s’intéresse à moi quand je fais ça, j’ai d’autant plus envie de le faire, je prends du plaisir, j’obtiens de supers résultats, je reçois un regard positif parce que je réussi etc ». Mozart, Verdi, Tiger Woods, les sœurs Williams, Kilian Jornet et tant d’autres ; tous ont développé leurs talents exceptionnels sur la base de l’intérêt qu’ils suscitaient auprès de leurs parents.

De même, la reconnaissance est une source majeure d’énergie, et par conséquent de motivation pour le collaborateur. Il est alors dynamique et enthousiaste, il est proactif, il anticipe les problèmes et vient avec des solutions, il prend des initiatives et surtout, il se remet facilement en question. L’écoute active, qui est la meilleure façon de donner de la reconnaissance à un adulte, est alors l’outil le plus efficace pour valoriser, débriefer, faire grandir… Il est par conséquent indispensable (mais pas suffisant pour autant) pour créer les conditions de la motivation au sein d’une équipe.

En définitive, le regard de nos proches et de nos managers de proximité a un impact absolument déterminant sur notre bien-être ainsi que sur notre santé physique et mentale. Ce besoin existentiel explique peut-être aussi pourquoi nous acceptons de livrer en pâture notre vie privée sur les réseaux sociaux… mais ceci est une autre histoire.

Rosberg, pourquoi il quitte la F1 encore plus vite que la grille au départ d’une course ?

Qu’à t-il bien pu se passer dans la tête de Nico Rosberg pour qu’il décide d’abandonner son fauteuil de champion du monde ? Le clan Mercedes pouvait-il anticiper un tel cataclysme ? Et plus important que tout, à quoi est dû ce retournement de situation aussi soudain qu’inattendu ? Retour sur la semaine qui a changé la vie de cet immense champion. Continuer la lecture de « Rosberg, pourquoi il quitte la F1 encore plus vite que la grille au départ d’une course ? »

Teddy Riner : le champion sous pression qui sait gérer le stress

C’est officiel depuis hier, le judoka Teddy Riner sera le porte-drapeau qui représentera la France aux jeux olympiques de Rio cet été. N’en déplaise aux superstitieux, il n’y a que très peu de chances que la « malédiction » qui frappe les portes drapeaux français depuis 2002 vienne perturber celui qui sait gérer le stress et la pression mieux que quiconque. Explications. Continuer la lecture de « Teddy Riner : le champion sous pression qui sait gérer le stress »

DiCaprio, la palme de la résilience

Que ce soit dans Titanic, où l’univers tout entier semble comploter pour l’éloigner irrémédiablement de l’être aimé, dans Shutter Island où une île toute entière conspire contre lui, et bien entendu dans The revenant où il doit survivre, seul, dans le grand ouest, DiCaprio brille dans les rôles où le personnage résiste, lutte contre l’adversité et ne renonce jamais. Continuer la lecture de « DiCaprio, la palme de la résilience »

Energie, confiance, motivation : comment ça marche ?

A l’heure où moins de 15% des salariés sont sincèrement heureux de se lever le matin pour aller au travail et y arrivent énergiques et motivés, pourquoi ne pas commencer par se demander comment se crée l’énergie humaine ? Qu’est-ce qui explique qu’elle fluctue constamment ? Et surtout, comment en donner à nos collaborateurs pour les maintenir durablement à un important niveau de motivation et ainsi permettre à l’ensemble du système d’aller au-delà de ses ambitions ? Continuer la lecture de « Energie, confiance, motivation : comment ça marche ? »

Valoriser un collaborateur : mode d’emploi

Votre collaborateur a pris une excellente initiative ? Peut-être s’est-il démené pendant des mois sur un dossier ?  A-t-il réussi pour la première fois quelque chose de nouveau ou alors a-t-il progressé d’une façon significative sur un de ses axes d’amélioration ? Quoi qu’il en soit, vous êtes épaté et vous voulez le récompenser. Oui mais comment ? Une chose est sûre, un vague compliment atteindra rapidement ses limites.

Continuer la lecture de « Valoriser un collaborateur : mode d’emploi »