Martin Fourcade : les 5 raisons d’une domination sans partage

Est-il encore besoin de présenter le palmarès hallucinant d’un des plus grands champions de l’histoire du biathlon ? Au-delà d’un nombre impressionnant de podiums dans sa discipline, Martin Fourcade est le seul biathlète à avoir remporté consécutivement six gros globes de cristal. Un exploit d’autant plus inédit qu’il remporte le sixième et dernier globe à six courses de la fin de la saison, du jamais vu ! Dès lors, comment expliquer une telle domination ? D’où lui viennent ces extraordinaires dispositions pour ce sport particulièrement exigent ? Et surtout, quelles sont les raisons d’une telle régularité au plus haut niveau ? Retour sur le parcours du double médaillé aux Jeux Olympiques 2014 qui ne semble pas prêt d’être rassasié de victoires et de records.

Des référents qui ont transmis des passions

« Quand tu as trois garçons à la maison, il faut les faire bouger. Sinon, ils te démontent les meubles et les rideaux ». Marcel Fourcade.

La famille Fourcade vie dans les Pyrénées Orientales. Marcel, le père, est guide et accompagne en montagne des groupes de randonneurs avec lesquels il partage sa passion pour la nature. Avec trois garçons turbulents, les parents du jeune Martin n’ont d’autre choix que d’inciter leurs enfants, à la limite de l’hyperactivité, à aller faire du sport et se défouler dehors pour préserver la décoration du chalet familial.

Cette enfance n’est pas sans rappeler celle d’un autre immense champion, Kilian Jornet. Comme lui, ses parents, à travers le partage de moments en famille dans un environnement sportif et montagnard, ont encouragé, valorisé et sans doute sur-applaudi à certains moments les réussites sportives de leurs enfants. Et c’est notamment ce regard particulièrement positif et bienveillant qui lui a permis de développer ses exceptionnelles aptitudes.  

Martin Fourcade est donc bercé dans son enfance par divers éléments qui deviendront des fondements immuables sur lesquels repose sa carrière hors norme. L’amour pour la nature et la vie en montagne, la passion du sport, du ski de fond au biathlon en passant par le hockey ou le VTT, il développe progressivement un physique et un mental de champion.

Sous le regard protecteur de parents et d’entraîneurs qui croient en lui et l’encouragent tout au long de son développement, le catalan s’est construit sur des bases saines qui font aujourd’hui la différence, notamment à travers une reconnaissance particulièrement positive lui permettant de développer une réelle passion pour son art.

Un passionné qui veut prendre du plaisir avant tout

« Né dans les Pyrénées Orientales j’ai eu la chance de grandir dans un environnement idéal pour concilier mes deux passions, le sport et la nature. » Martin Fourcade

Ses référents primaires étant passionnés de sport et de nature, et c’est tout naturellement vers ces deux univers que s’orientent les centres d’intérêts et les sources de plaisir du prodige français. Plaisir d’autant plus décuplé que le biathlon permet de concilier les deux, ce qui aurait par exemple été moins le cas avec le hockey … ou le ping-pong.

Nous ne le répéterons jamais assez, ce n’est qu’à travers nos passions que nous développons des points forts et que nous prenons le plus de plaisir. Et ce n’est qu’en prenant du plaisir que nous obtenons de très bons résultats dans la durée.

De quoi alimenter un cercle particulièrement vertueux : il prend du plaisir et reçoit donc de nombreux messages positifs à travers la pratique de sa passion. Cela lui permet d’emmagasiner un maximum de confiance, une confiance qui développe son énergie pour ainsi lui permettre de briller pendant les compétitions.

La combinaison de tous ces facteurs permet donc au champion de prendre continuellement du plaisir à pratiquer son sport de prédilection et par voie de conséquence, à performer sur le long terme. De bon augure pour les chances de médailles françaises lors des JO 2018, le biathlète qui enchaîne les performances s’éclatant « comme quand il était gosse » à chaque sortie.

 

Un point fort différenciant cultivé dès le plus jeune âge

« Quand il a débarqué, on a tout de suite détecté qu’il avait le plus gros potentiel. Il était très facile sur tous les exercices physique » Thierry Dusserre, actuel entraîneur de l’équipe de France féminine de biathlon.

Une mutation génétique est en partie responsable de ses capacités physiques hors du commun. En effet, celle-ci améliore l’exploitation du fer par son organisme. De plus, à l’image des coureurs kenyans qui s’entraînent sur les hauts plateaux africains, il possède un taux d’hématocrite élevé lui permettant de transporter beaucoup d’oxygène dans son sang pour alimenter ses muscles.

Le catalan est un donc par nature un monstre de physique mais surtout, il a l’intelligence de constamment cultiver ce point fort sur lequel repose toute sa stratégie. Ses entraînements de présaison s’inspirent en effet des méthodes pratiquées dans l’aviron en laissant la part belle aux exercices cardio-vasculaires.

De ce point fort découlent des qualités complémentaires qui lui permettent de dominer son sport de la tête et des épaules. Se fatigant moins vite que ses adversaires, il est plus lucide dans la gestion de sa course et fait alors preuve d’une intelligence situationnelle qui fait toute la différence, dans un sport où chaque seconde compte.

Autre avantage et non des moindres, son athlétisme spectaculaire lui permet de largement compenser ses carences au niveau du tir couché. Ayant besoin de plus de temps que la moyenne pour ajuster ses cibles, il compense ce manque de rapidité grâce à sa vitesse à ski. C’est pour toutes ces raisons que l’épreuve sur 20 km lui réussit particulièrement bien.

Un challenger animé par une mission intemporelle et qui a des rêves (très) ambitieux dans le viseur

« Jusqu’aux JO de Sotchi, j’avais cette envie de gagner, d’être n o 1, d’être champion du monde, de devenir champion olympique. Une fois que j’avais réalisé tout ça, je me suis demandé ce qui pourrait encore me pousser. La réponse a été : être meilleur, parce que ça, ça n’a pas de limites ! » Martin Fourcade.

La mission intemporelle que se donne alors le champion : s’améliorer à chaque fois pour repousser les limites et être toujours plus fort et plus compétitif. Cette mission se ressent notamment dans le renouvellement perpétuel des exercices effectués lors de ses préparations, l’objectif étant de toujours optimiser les séquences d’entraînement.

Dans tout ce qu’il fait, que ce soit dans la fabrication de son arme, dans ses trajectoires ou lors de ses entraînements, il n’a qu’une obsession, cohérente avec sa mission : la recherche de la perfection. À l’image d’un Roger Federer qui cherche perpétuellement à réaliser le match parfait, la lassitude ne risque pas de le guetter sachant que la perfection, au grand damne des plus maniaques d’entre nous, n’existe pas.

Ces ambitions et cette confiance en soi ne sont pas synonyme d’arrogance. Le biathlète français a simplement compris que l’on atteint uniquement ce que l’on vise. Ce qui fait sa force, c’est donc aussi sa capacité à se fixer des objectifs ambitieux en s’accrochant à une motivation et à une détermination hors du commun pour les atteindre.

Son rêve ambitieux du moment : « être le premier biathlète à monter sur tous les podiums d’un championnat du monde ». Il ne se contentera donc pas du titre de champion du monde et heureusement car ses sources de motivations auraient disparu dès l’atteinte de cet objectif.

Au lieu de ça, il va continuer à accumuler les podiums et autres trophées jusqu’à venir à bout de ce projet particulièrement challengeant. Il y a donc fort à parier que les observateurs de la discipline n’ont pas fini de commenter ses exploits lors des différentes étapes du circuit mondial jusqu’à l’atteinte de ce record inégalé (et inégalable ?). C’est l’apanage des plus grands : construire des projets et ne pas se contenter de « simples » objectifs. C’est toute la différence entre lui et des comètes telles que Yannick Noah ou Niko Rosberg qui ont tout lâché dès que l’objectif était atteint.

Un perfectionniste besogneux obnubilé par les détails et le travail… de fond

« Dans son « boulot » de biathlète, c’est sa méticulosité qui l’emporte. Il sait ce qu’il va faire trois mois à l’avance ». Marcel Fourcade.

Fourcade a progressivement relevé son niveau d’exigence en même temps que son niveau sportif depuis son arrivée sur le circuit professionnel. Ce dernier prépare méticuleusement chaque détail de la course et cherche à recueillir le plus grand nombre de données possibles : conditions météorologiques, adversaires, parcours : il veut avoir un maximum d’informations pour partir serein en anticipant les différents scénarios envisageables et la meilleure façon de réagir en fonction de l’évolution de la course.

En cohérence avec sa mission, il teste sans cesse de nouvelles choses pour se préparer de la façon la plus optimale possible. « Je fais un mixte de tout ce qui a marché, je remplace ce qui n’a pas fonctionné ». L’été dernier, il s’est préparé avec les équipes de France de biathlon et de ski de fond… et avec l’équipe de Suède « pour tester différentes méthodes ».

Spontanément, il se présente lui-même comme quelqu’un de carré. Pour preuve, quand le quotidien l’Equipe lui formula une demande sur les détails d’une préparation estivale, ce dernier envoya la liste complète de son programme sans occulter le moindre détail. Il transmit alors aux journalistes une page de données chiffrées jusqu’au nombre précis de bananes et de pâtes de fruits avalées à l’entraînement.

Le fait d’avoir tout gagné présente aussi un réel avantage. Aux dires de ses proches, il prend le départ des courses avec beaucoup moins de stress qu’à ses débuts car il se focalise désormais uniquement sur la manière de remporter la course et non sur le résultat final. Cette concentration sur les basiques évite l’inhibition engendrée par le stress d’un trop plein de pression d’enjeu en focalisant le champion sur la pression sur le jeu, sur le « comment on fait pour gagner ? », qui réduit considérablement le stress.  

Même après un effort d’une intensité extrême, Martin Fourcade a la capacité de ne négliger aucun détail. Par exemple, à l’arrivée à la mass-start aux JO de Sotchi où il finit deuxième après un sprint dantesque, il prend le temps de saluer le vainqueur et marche d’un pas léger vers la zone mixte. Une véritable intox psychologique sachant qu’il tombera d’épuisement quelques minutes après, passant à deux doigts de l’évanouissement. Mais ne pas montrer ses faiblesses à ce moment-là de la course a forcément eu un impact pour la suite de la compétition qu’il remportera dans la foulée.

Pour résumer, celui qui marque chaque jour un peu plus l’histoire de son sport s’appuie, sans surprise, sur une recette qui fait mouche systématiquement. Martin Fourcade est en effet à lui seul une entreprise profondément cohérente. Animé par une mission intemporelle, il sait formuler des projets ambitieux en adéquation avec ses points forts et ses sources de plaisir qui découlent directement des sujets sur lesquels il a été valorisé étant petit. Il trouve ainsi l’énergie de se transcender à chaque course et de challenger l’existant sans remettre en cause les fondements sur lesquelles se basent ses réussites passées. Finalement, il ne reste qu’une question en suspens : jusqu’où ira le chasseur de records avec une telle capacité de travail ? Très loin sans doute car comme le disait Confucius, « Fais de ta passion ton métier et tu ne travailleras pas un seul jour de ta vie ».

 

 

 

 

 

 

 

Barcelone – PSG : toutes les clés managériales qui permettront à Unaï Emery de reproduire l’exploit

Demain, le PSG a rendez-vous avec l’histoire à 20H45 au Camp Nou pour le match retour des huitièmes de finale de la ligue des champions. Après un premier acte d’anthologie qui a vu le PSG dominer l’ogre catalan de la tête et des épaules, quels sont les ressorts motivationnels que Unaï Emery peut utiliser pour que le deuxième acte soit d’un aussi bon acabit que le match aller ? Retour sur une technique managériale permettant de maintenir la motivation et la concentration de l’équipe sur la durée et ainsi reproduire les succès passés. Cette recette universelle qu’est la mécanique de bilan / lancement peut s’appliquer à tous les secteurs et à tous les projets ; et l’actualité du PSG est un excellent moyen de le démontrer.

Un bilan énergisant pour capitaliser sur la victoire du match aller

Le bilan a pour objectif de mesurer le chemin parcouru, de redonner l’énergie dépensée aux acteurs du projet et de capitaliser sur les raisons du succès. Pour se faire, le bon manager ou gestionnaire de projet se doit de suivre un processus bien défini.

1. Rappeler les enjeux et les objectifs du projet.

La mission que se sont donnés les dirigeants du PSG est claire : permettre au plus grand nombre de « rêver grand » grâce à un club qui domine le football mondial. L’objectif qui en découle est limpide : remporter la ligue des champions et ainsi devenir les maîtres incontestés de la scène européenne. Les hommes de Nasser Al-Khelaïfi se sont incontestablement rapprochés de cet objectif suprême et il semble déterminant de redonner du sens à cet exploit.

« Laissez-moi vous dire une seule chose : ce soir, vous avez permis à des millions de personnes de rêver plus grand. C’est notre raison d’être et vous pouvez être fiers de remplir votre mission avec autant d’enthousiasme et de panache ».

2. Raconter la période écoulée et les difficultés rencontrées

L’objectif de cette étape est de valoriser les efforts, les difficultés surmontées et les progrès de l’équipe pour redonner, à minima, l’équivalent de l’énergie dépensée sur la période.

« Pour en arriver à ce résultat, nous avons rencontré pléthore de difficultés. A commencer par les nombreuses éliminations et désillusions des années passées contre le FC Barcelone qui trottaient obligatoirement dans tous les têtes. S’ajoute à cela la blessure de Thiago, notre pilier en défense, la veille du match et l’inexpérience au plus haut niveau de kimpembe. Sans oublier le changement de philosophie de jeu implémentée au début de la saison qui a potentiellement perturbé votre philosophie de jeu et qui a pris du temps à être intégrée. Bref, ce match était loin d’être gagné et, au début de la rencontre, nous étions loin d’avoir la côte chez les bookmakeurs contre l’armada offensive de Barcelone. »

3. Citer les services contributeurs

Favoriser la transversalité signifie, quand les choses vont bien, de savoir rendre à César ce qui appartient à César. Et en l’occurrence, une telle victoire nécessite que l’ensemble du staff du PSG soit au diapason, et notamment le staff médical. Dans une compétition aussi relevée que la ligue des champions, pouvoir bénéficier d’une équipe (presque) au grand complet avec des joueurs à 100% de leur forme est une réelle condition de succès. Entre le déplacement à Bordeaux le vendredi soir et le match de mardi, il y a fort à parier que le staff technique et médical a remué ciel et terre pour permettre au coach d’aligner l’équipe la plus compétitive possible.

N’oublions pas les supporters parisiens qui avaient préparé un magnifique tifo pour l’entrée des joueurs sur la pelouse et qui ont supporté l’équipe dans une ambiance extraordinaire tout au long de la rencontre. Le 12ème homme à jouer son rôle à fond et, à n’en pas douter, a eu un impact déterminant sur l’issue de la rencontre.

4. Evoquer le résultat et féliciter les membres de l’équipe

« Joder chicos !!! 4-0 !! No van a olvidarlo ! Qué guay ! Qué buenos sois ! Angel, Julian, Edi, Marco, estais a tope !!! Increible !! » La langue maternelle reprend souvent le dessus dans les moments de colère… ou d’extase ! Nous pardonnerons aisément au coach ses écarts de langage sachant que le point 5 est bien plus important pour reproduire le succès dans la durée.

5. Tirer des enseignements à l’origine de la victoire éclatante

Eisenhower disait : « les grandes défaites se préparent les soirs des grandes victoires. »

Généralement, galvanisés par la victoire et l’euphorie, nous sommes tellement occupés à faire la fête et à célébrer l’heureux évènement que nous ne prenons pas suffisamment le temps d’analyser les raisons du succès. Et c’est pourtant les raisons de ce dernier qu’il convient d’analyser avec minutie pour en tirer des enseignements. C’est là qu’interviennent les indicateurs, qui, comme leur nom l’indique, indiquent si les fondamentaux sont respectés ou pas.

Encore à ses balbutiements, le big data fournira bientôt toutes les données possibles et imaginables sur des items extrêmement variés et il y a fort à parier que l’intelligence artificielle nous servira sur un plateau une analyse aussi minutieuse que pertinente. En attendant ce glorieux jour, c’est au manager ou au chef de projet d’analyser en profondeur les raisons du succès pour permettre à son équipe de capitaliser sur les bonnes pratiques ; et ainsi maximiser les chances de les voir se reproduire dans la durée.

« Une des clés a été la préparation minutieuse de ce match. Toutes ces heures à analyser les vidéos et le souci du détail à l’entrainement nous a permis de faire en sorte que le match se déroule exactement comme prévu ! On ne les a pas laissés respirer une seconde : pressing d’une intensité folle, agressivité phénoménale toujours dans le respect des règles, relance impeccable, verticalité et projection rapide vers l’avant, sérieux défensif et solidarité, efficacité dans le dernier geste, bref c’est une copie particulièrement propre qui a été rendue. »

6. Organiser un moment festif

Il peut s’agir d’un petit déjeuner, d’un apéro, d’un barbecue, d’un dîner d’équipe ou d’un team building. Cela dépendra de l’ampleur du projet mené à son terme ou du contrat conclu. Le but est simplement de continuer à se remémorer les étapes marquantes du projet, les bons souvenirs étant bien entendu facteurs de cohésion. Nul doute que les parisiens ont célébré cette victoire dignement, peut-être pour le plus grand bonheur du TFC, l’adversaire « d’après ».

Cette victoire marque à n’en pas douter un tournant dans l’histoire du club mais personne n’est dupe : le PSG n’a pas encore éliminé le Barça. Et il parait judicieux d’ajouter que le PSG n’a pas non plus remporté la ligue des champions et que la route semble encore longue et particulièrement tortueuse pour décrocher le saint graal. UnaÏ Emery va donc avoir besoin de remobiliser ses troupes à chacune des grosses échéances qui attendent le PSG sur le chemin du Principality Stadium de Cardiff.

Une causerie d’avant match efficace pour réussir le match retour

L’objectif d’un lancement est de concentrer l’énergie des collaborateurs et de les mobiliser sur des objectifs et des priorités clairement définies pour réduire le stress, inhérent dans ce genre de confrontation. Quelle tournure va donc prendre le speech de l’ancien patron du FC Séville ? Si nous pouvions nous mettre dans le short du coach, voici peu ou prou à quoi ressemblerait la causerie d’avant match.

1. Enoncer les principaux enjeux et les objectifs de la période à venir

Le lancement doit mettre en avant la cohérence des exigences et permettre aux collaborateurs de relier les tactiques de la période à venir à la stratégie globale de l’entreprise ou du service.

« Nous sommes sur le bon chemin pour monter sur le toit du football européen. L’objectif de ce soir, c’est de mettre un but avant la mi-temps. Je ne pense pas qu’ils pourront nous mettre 6 buts dans la même rencontre. »

2. Anticiper et évoquer les principales difficultés à venir

Ce n’est généralement pas un réflexe, mais dans l’annonce d’un changement ou dans le lancement d’un projet, il est important d’anticiper et de formuler les différents obstacles auxquelles l’équipe sera confrontée.

Cette étape qui peut sembler délicate a pour but d’augmenter la lucidité de l’équipe quant à la complexité de la mission, évite certaines mauvaises surprises et un certains nombres d’objections. Dire « Je sais que l’implémentation du nouveau système d’information tombe en pleine clôture et que cette année, l’exercice va être particulièrement délicat » permet de couper l’herbe sous le pied de l’auditoire et d’éviter les remarques contre-productives telles que « Voilà, et devine quand ça va tomber !? En pleine clôture ! C’est toujours pareil de toute façon ! »

« Ne faites pas l’erreur de croire que c’est jouer. Ils sont chez eux, ils vont utiliser toute la largeur du terrain pour nous déborder, la MSN a des statistiques stratosphériques et surtout, ils sont animés par une mécanique très puissante : la motivation revancharde. La presse et leur public les conspuent depuis notre victoire et je vous rappelle que le lion blessé est particulièrement dangereux. Les 15 premières minutes vont être très pénibles et il ne faudra surtout pas craquer au risque de faire naître de l’espoir chez nos adversaires. »

3. Expliquer les moyens pour atteindre l’objectif

La pression sur le jeu doit primer la pression d’enjeu. Le manager doit transformer la pression liée aux indicateurs et au résultat en concentration sur les tactiques qui garantissent le succès.

« Ils sont fragiles sur les coups de pieds arrêtés, ils vont être obligés de se découvrir et nous, nous allons procéder avec des contre-offensives rapides. Pour cela, les clés sont les mêmes qu’au match allé : pressing d’une intensité folle, agressivité phénoménale toujours dans le respect des règles, relance impeccable, verticalité et projection rapide vers l’avant, sérieux défensif et solidarité, efficacité dans le dernier geste. N’oubliez jamais que c’est votre état d’esprit de guerrier qui fera la différence. »

4. Concentrer les membres de l’équipe sur quelques priorités

La loi de Pareto, très utile, notamment dans la déclinaison d’une feuille de route, permet d’énoncer que 20% des efforts des collaborateurs représentent 80% du résultat obtenu. Le but est alors de définir les deux ou trois priorités majeures pour concentrer les membres de l’équipe sur les fondamentaux indispensables qui maximiseront les chances de succès.

« Solidarité, rigueur et concentration, intensité et précision dans les passes et pour finir, verticalité pour rapidement remonter le ballon. »

5. Rappeler des règles du jeu ou des fondamentaux négligées

Dans le cas d’un bilan après d’un résultat positif, les axes d’améliorations ne sont pas évoqués. Mais que les perfectionnistes se rassurent, ils n’ont pas été occultés pour autant. Et le lancement est l’occasion d’augmenter encore d’un cran le niveau d’exigence.

« Aujourd’hui, je veux que l’on reste concentré jusqu’à la fin du match. A l’allée, la fatigue aidant, il y a eu plus de déchet dans la relance et nous avons failli nous faire piéger sur un coup de pied arrêté. Je vous demande encore plus d’effort sur ce sujet capital. »

6. Encourager par un message positif en rappelant la principale condition de succès

« Ça se joue au mental les gars, je veux un état d’esprit irréprochable. C’est le PSG du match aller que je veux voir ce soir ! Prenez du plaisir, vous bossez toute l’année pour ces 90 minutes, éclatez-vous ! Et visez la victoire ! Si on va chercher le 2-0 dans la tête, le reste va suivre tout seul ! »

En résumé, qu’il s’agisse d’un lancement de produit ou d’une opération commerciale ; du kick-off d’un projet, d’une partie de foot ou d’une randonnée en montagne ; le bilan / lancement est un outil indispensable pour garantir durablement l’investissement d’une équipe autour d’un projet ambitieux en posant différents jalons qui permettront de minimiser les chances que l’équipe se relâche au beau milieu de l’aventure.

La problématique de la continuité, très présente notamment au sein des équipes commerciales fonctionnant sur des cycles mensuels, permet à chacun de mesurer le chemin parcouru pour reprendre de l’énergie et continuer d’avancer.

Sébastien Loeb, ou quand une pierre fait perdre David contre Goliath

Pour sa deuxième participation au rallye-raid mythique, Sébastien Loeb a manqué de (très) peu de rentrer encore davantage dans l’histoire du sport automobile. Il aura lutté sans relâche, « le couteau entre les dents », pour la victoire finale ; au coude à coude pendant près de deux semaines avec celui que l’on nomme Mr Dakar et qui est le maître incontesté de l’épreuve. Un caillou à l’origine d’une crevaison est finalement venu briser les ambitions du nonuples champion du monde WRC qui, en tant qu’outsider assumé, rêvait de déloger Stéphane Peterhansel de son trône.

A cette occasion, nous revenons cette semaine sur le parcours d’un des plus grands champions du sport automobile. Découvert sur le tard, il est le plus titré de sa catégorie avec des records aussi nombreux que stratosphériques. Comment a-t-il fait pour surclasser tous ses concurrents pendant près d’une décennie ? D’où lui vient cet esprit de compétiteur qui lui permet d’empiler les trophées et les records sans jamais être rassasié ? Retour sur les exploits de celui qui demeure d’année en année l’un des sportifs préférés des français.

1.      Une enfance sportive qui forge un caractère de champion.

Issue d’une famille où le sport à toujours occupé une place prépondérante, Sébastien Loeb est « tombé dedans quand il était petit ». Encore très loin des sports mécaniques, il débute la gymnastique à l’âge de trois ans sous l’impulsion de son père, double champion de France universitaire dans la discipline. Et s’il y a un bien un sport synonyme de discipline, c’est bien celui-là !  Sa mère, professeur de mathématique, lui transmettra sans doute la rigueur et la précision d’une science particulièrement structurante.

Des dires de l’intéressé lui-même, le rallye n’est pas un sport qui demande de grandes capacités physiques. Mais dans une discipline où tout peut se jouer à 1/10 ème de seconde, il ne faut rien laisser au hasard. Une excellente condition physique peut donc faire la différence quand il faut aller puiser dans ses dernières ressources physiques et mentales pour l’emporter. Le physique d’athlète permet alors de ne pas s’épuiser et de rester concentré jusqu’au drapeau à damier. Cela a sans doute été un avantage précieux ces deux dernières semaines, les conditions climatiques étant dantesques.

De plus, lorsque l’on se retrouve face à des juges qui dissèquent et décomposent l’ensemble des nos mouvements, il est indispensable d’être en recherche constante de la perfection. Sébastien Loeb est l’un des pilotes à l’origine de l’introduction dès le début des années 2000 d’un nouveau style épuré de conduite, copié par leurs successeurs et faisant encore aujourd’hui office de référence. Cette nouvelle approche consiste à rechercher systématiquement la trajectoire optimale. Concrètement, il adopte des techniques de freinage beaucoup plus en ligne et prescrit le survirage lors des entrées en courbes afin de limiter au maximum les phénomènes de glisse et ainsi conserver la meilleure vitesse de pointe possible.

Ainsi donc, dès son plus jeune âge, l’alsacien se familiarise avec l’exigence d’un sport qui lui permet d’intégrer l’ensemble des paramètres de la réussite sportive. A l’âge de six ans, il truste déjà les podiums avec une culture de la gagne chevillée au corps. Il y apprend le goût de l’effort, la gestion du stress et de la concurrence, l’esprit de compétition, la concentration et aussi, l’équilibre. 

Tous ces fondements structurent très tôt la personnalité de celui qui a la réputation d’aller systématiquement au bout des choses. Durant toute son enfance, il enchaine les compétitions et se construit un joli palmarès, qui, à n’en pas douter, aurait pu le conduire jusqu’aux Jeux Olympiques. Il sera quatre fois champion d’Alsace, une fois champion du Grand Est et finira 5e au Championnat de France. Déjà à l’époque, rien ne le motive plus que la victoire. Mais voilà, quelqu’un a eu la bonne idée de lui mettre un guidon entre les mains.

2.      Des référents qui le structurent et l’accompagnent jusqu’au sommet

« De toute façon, il n’y a qu’une chose qui m’intéresse c’est la première place. Le reste ne m’intéresse pas »

Un peu avant ses quatre ans, ses parents, référents primaires, qui accompagnent toutes les premières aventures, lui offrent un vélo avec lequel il ne perd jamais une occasion de faire la course. Il voue une passion sincère et véritable à la vitesse. Que ce soit sur un tricycle, une mini-moto ou une « mob’ », la seule chose qui compte pour lui, c’est de « finir devant. »

Rapide, téméraire, il a un sens inné du pilotage qu’il développe en mobylette sur les parkings, dans les bois, et surtout, sous le regard de son père pendant les compétitions. Très vite, ce dernier sera d’ailleurs interpellé par ses exceptionnelles capacités.

Sebastien Loeb sera aussi regardé et valorisé par ses référents tertiaires (famille et amis), notamment par sa grand-mère. Elle sera son premier sponsor en lui offrant ce fameux « premier volant » dont rêves tous les jeunes pilotes en lui permettant l’achat de sa toute première voiture. Le regard valorisant de ses amis, prépondérant à l’adolescence, n’est pas en reste puisque lui et ses compères passent tout leur temps libre à faire la course avec leurs bolides, au grand damne du voisinage.

La rencontre qui va changer la vie de Sébastien Loeb arrive sur le tard, lorsqu’il a 21 ans. A l’issue de l’opération rallye jeune où il a brillé, Dominique Heintz lit un article sur lui et décide de le prendre sous son aile. Ce dernier va même jusqu’à hypothéquer sa maison pour financer les débuts du jeune prodige.

Dans la foulée, c’est au tour du directeur de la branche sportive de Citroën, Guy Fréquelin, de jouer le rôle de référent secondaire, sorte de père spirituel qui manage et qui coach en accompagnant le développement de l’individu, généralement jeune adulte, au quotidien. La particularité de Guy Fréquelin : parvenir à faire la synthèse complexe et subtile entre exigence et bienveillance. Ce mentor pousse le champion en devenir dans ses retranchements et le challenge au quotidien tout en veillant sur lui avec patience et bienveillance.

Autour de lui, c’est un noyau dur d’une quinzaine de personnes qui l’aide à se structurer et qui a un réel impact sur ses performances.

3.      Le travail au quotidien pour aller toujours plus vite et briller dans la durée.

2003 sera une année charnière, de celles qui voient naître un levier motivationnel extrêmement puissant : la motivation revancharde. Lors du dernier rallye de la saison, Loeb, alors deuxième, doit jouer la sécurité et laisser filer le titre en assurant la deuxième place pour garantir à Citroën le titre constructeur. Professionnel, et avec un esprit d’équipe et de camaraderie chevillé au corps, il obéit aux ordres sans faire de vague et jure que l’on ne l’y reprendra plus. Il comprend que chaque point compte ; et qu’il ne faut jamais se relâcher, même avec une avance confortable au classement.

Un des secrets de l’alsacien ? un système de note unique pour décrire la piste, élaboré avec son co-pilote et ami Daniel Elena. D’année en année, le code est peaufiné, corrigé, amélioré et répété avec un souci du détail impressionnant. Même si la spéciale est identique, tout est remis systématiquement à plat. Les notes sont retranscrites avec beaucoup de précision : angle du volant, présence de gravier ou de boue. Daniel Elena donne le rythme et la cadence au pilote par la voix. Les notes sont pour ainsi dire « chantées » par dans le bon tempo.

Aux dires de son épouse, qui a parfois été sa co-pilote, il fait preuve d’un calme et d’une concentration à toute épreuve. Son passé de gymnaste nous invite bien entendu à la croire sur parole. C’est, à n’en pas douter, son sens du détail et son perfectionnisme qui lui permettent, à l’image de Teddy Riner, de minimiser la « pression d’enjeu », la pression sur le combien, sur le résultat final. Il ressent alors plutôt une « pression sur le jeu », sur les moyens concrets, sur le comment atteindre les résultats escomptés.

« Quand j’arrive à la limite, il s’ouvre un espace de liberté. Sébastien Loeb »

Sa mission intemporelle, cette fameuse quête frénétique de vitesse optimale le pousse et lui donne l’énergie de se soucier perpétuellement des moindres détails. A l’image de la préparation minutieuse des 24 heures du mans 2006 où lui et ses coéquipiers terminent sur la deuxième marche du podium, il fait plusieurs le tour de reconnaissance en scooter et ne commettra aucune erreur. Chez lui, le souci du détail tourne à l’obsession, et, à l’image d’un maestro, il répète ses gammes encore et encore. Il n’y a aucune place à l’improvisation pour celui qui termine le plus souvent tout en haut du podium.

En résumé, Sébastien Loeb est un passionné de vitesse qui a su élever sa discipline au rang d’art. Les qualités valorisées dans son enfance, son goût de l’effort, sa rigueur, sa précision et son perfectionnisme, ont permis à l’actuel record man du Pikes Peak de régner sur le monde du rallye pendant près d’une décennie. A l’issue de sa deuxième place de ce week-end, le champion nous laisse avec l’agréable pressentiment que l’on va le retrouver sur la prochaine édition du Dakar et qu’à cette occasion, il finira sur la plus haute marche du podium et rajoutera une nouvelle ligne, et quelle ligne, à son époustouflant palmarès. On prend les paris ?

Teddy Riner : le champion sous pression qui sait gérer le stress

C’est officiel depuis hier, le judoka Teddy Riner sera le porte-drapeau qui représentera la France aux jeux olympiques de Rio cet été. N’en déplaise aux superstitieux, il n’y a que très peu de chances que la « malédiction » qui frappe les portes drapeaux français depuis 2002 vienne perturber celui qui sait gérer le stress et la pression mieux que quiconque. Explications. Continuer la lecture de « Teddy Riner : le champion sous pression qui sait gérer le stress »