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Qu'est-ce que le bonheur sinon l'accord simple entre un individu et l'existence qu'il mène. Albert Camus.

Rosenthal : et si nos préjugés devenaient nos meilleurs amis ?

Qu’on le veuille ou non, c’est le propre de l’Homme d’avoir des préjugés ou des a priori, positifs ou négatifs, sur le monde qui l’entoure. Et ce phénomène impacte les résultats sportifs ou commerciaux, nos comportements au volant, l’efficacité de certains médicaments ou encore toutes nos relations hiérarchiques. Comment fonctionne le mécanisme de l’effet Rosenthal ? Comment se traduit-il dans notre quotidien ? Et surtout, comment l’utiliser à notre avantage et ainsi gagner en efficacité, notamment avec nos subordonnés ou nos supérieurs hiérarchiques ? Retour sur un mécanisme universel qui a un impact concret et tangible sur la réalité de notre quotidien.

1.   L’effet Rosenthal ou l’impact de nos croyances sur notre réalité

L’effet Rosenthal ou effet Pygmalion est une prophétie auto réalisatrice qui provoque une amélioration des performances d’un sujet en fonction du degré de croyance en sa réussite. Le mécanisme se vérifie d’autant mieux en cas de lien hiérarchique. A l’inverse, l’effet Golem se traduit par une performance moindre d’un sujet sous l’effet d’un potentiel jugé limité par une autorité supérieure, les parents, un professeur, les experts reconnus ou aussi et surtout, nos managers.

Rosenthal a réalisé une première expérience sur le sujet en confiant à deux groupes d’étudiants 12 rats pour qu’ils effectuent des tests. Il explique au premier groupe d’élève que leurs six rats ont été sélectionnés très rigoureusement et qu’il faut s’attendre à obtenir des résultats exceptionnels. Il explique ensuite au deuxième groupe que leurs six rats sont des rats « lambda » qui risquent d’avoir des difficultés à réussir les épreuves. Et bien que dans les faits, les 12 rats pouvaient être considérés comme identiques, ceux du premier groupe ont en effet obtenus des résultats bien supérieurs à ceux du deuxième groupe.

Rosenthal tenta aussi le même type d’expérience sur une classe d’un collège défavorisé. Il fit passer des tests d’intelligence en début d’année aux enfants et donna de faux résultats à la maîtresse pour faire croire que certains enfants étaient plus brillants qu’ils ne l’étaient réellement. A la fin de l’année, les enfants soient disant supérieurs intellectuellement ont vu leurs résultats au test s’améliorer jusqu’à 25 points par rapport au même test effectué en début d’année. Et le regard positif de l’institutrice à indéniablement joué, inconsciemment, sur l’attention et la qualité d’accompagnement qu’elle octroyait à ces enfants.

Le simple fait d’avoir une croyance envers un individu nous incite, inconsciemment, à tout faire pour confirmer et donc renforcer cette croyance. Nous changeons alors notre comportement vis-à-vis de cette personne, et l’influençons de telle sorte qu’il va effectivement acquérir cette caractéristique ou l’exprimer de plus flagrante façon.

En résumé, notre regard sur une situation ou un individu crée (en partie) notre environnement, et ceci est d’autant plus vrai lorsqu’un rapport hiérarchique rentre dans l’équation.

2.   Le mécanisme d’auto confirmation : cercle vertueux ou vicieux, c’est selon.

Tour va en effet dépendre de la façon dont notre regard initial va être orienté dans les premiers instants de l’échange. Cette idée donne un poids non négligeable au fameux dicton qui veut que l’on n’ait qu’une seule et unique chance de faire une bonne première impression.

N’avons-nous pas tous un département dont nous considérons plus ou moins secrètement que les conducteurs ont un sérieux problème de conduite et de code de la route ? Imaginons que nous ayons eu un différend sur la route avec une personne immatriculée dans le département 77 et avec lequel nous avons frôlé « l’incident diplomatique ». Cet évènement somme toute mineur va venir ternir votre regard sur « cette catégorie » de conducteurs. Dès lors, vous ne manquerez aucune occasion pour confirmer et renforcer la théorie selon laquelle les 77 sont des dangers au volant en pointant de manière exhaustive tous les petits écarts de conduite des habitants de la Seine et Marne. Tous les comportements classiques, bien entendu très largement majoritaires, sont alors totalement occultés et passés sous silence. Et lorsque qu’un 77 aura un comportement élégant qu’il nous est impossible d’occulter, nous prétexterons que c’est l’exception qui confirme la règle ou que ce conducteur n’est manifestement pas originaire du 77. Ne culpabilisez pas, nous sommes tous victime, à différents degrés, de ce phénomène appelé auto confirmation.

L’effet placebo est un autre bon exemple de l’impact de nos croyances sur notre environnement direct. Emile Coué, pharmacien et père de l’autosuggestion, expérimenta la véracité de ce phénomène auprès de ses patients. Ce dernier constata en effet qu’en fonction de la manière dont il présentait le médicament prescris, son efficacité variait fortement d’un patient à l’autre. Il en conclu qu’il était fondamental d’accompagner de paroles positives un traitement médicamenteux, quel qu’il soit.

Certains coachs font pratiquer à leurs athlètes l’anticipation positive. Ils invitent ces derniers à se dire qu’ils vont gagner et à se visualiser à la fin de l’action après la victoire. Ce conditionnement semble également avoir un impact sur les résultats scolaires… et extra-scolaires.

Mais alors, quel a bien pu être l’impact des manuels scolaires et des cours élémentaires d’après-guerre sur l’actuelle place des femmes dans la société ? Quelles croyances ont été ancrées par des maîtres faisant figure d’autorité dans l’esprit des hommes et des femmes de cette génération ? Et quelles sont les conséquences un demi-siècle plus tard sur la question sociétale de l’égalité des sexes ? La question mérite peut-être d’être posée pour continuer à rééquilibrer une balance qui en a parfois bien besoin.

3.   Managers, vos croyances sont (potentiellement) un réel levier de performance.

Ces phénomènes empiriques montrent le rôle du regard, notamment comme vecteur de réussite, ou d’échec. Bien entendu, il ne suffit pas d’y croire très fort pour que le succès tombe du ciel. Il est fondamental de se mettre un tant soit peu en mouvement, à travers des actions qui vont dans le sens de la croyance, pour qu’il y ait un impact réel et tangible sur l’environnement qui nous entoure. Il est également important de ne pas confondre ambitions et utopie.

Dès lors, que se passerait-il si tous les managers étaient convaincus au fond d’eux-mêmes que chacun de leurs collaborateurs est une formule 1 ? Il ne s’agit pas simplement de croire très fort pour que la prophétie se réalise mais cela créera d’emblée un environnement favorable au développement des individus dont vous avez la responsabilité. En revanche, il est tout bonnement utopique d’espérer obtenir des résultats bons et durables de la part de vos collaborateurs sans se regard positif. En d’autres terme, si vous ne croyez pas en eux, c’est l’échec assuré !

Le bon sens veut en effet que nos croyances envers nos collègues aient un impact direct sur les relations que nous entretenons avec eux. Commencer un point de pilotage ou un entretien annuel en se disant « pfff, vivement que ça se termine, il n’en sortira rien de toute façon » aura, qu’on le veuille ou non, un impact sur la motivation et les performances du collaborateur, et donc de l’équipe.

A l’inverse, il incombe au manager coach de voir tout le potentiel de ses subordonnées et de les pousser à se dépasser même si ces derniers sont emplis de doutes et n’ont qu’une faible estime d’eux-mêmes. Nous pourrions alors parler d’exigence bienveillante, un subtil équilibre avec lequel il convient de jongler au quotidien en fonction du niveau d’énergie du collaborateur à un instant T.

Que faire quand nos préjugés sont en partie responsable de l’échec d’un collaborateur ? Changer de regard quand la relation est dégradée n’est pas une mince affaire car ce changement de paradigme va nécessiter une profonde remise en question et par voie de conséquence, beaucoup d’énergie pour passer outre. C’est tout l’intérêt de l’énergie. Quand l’humain est en énergie, il a la possibilité de transformer les verrous en clés et les problèmes en opportunités. A contrario, quand il est en manque d’énergie, il est victime du monde et se trouve dans l’incapacité d’être acteur en ayant prise sur son environnement.

Pour commencer, à tête reposée et hors du stress du quotidien, il peut être intéressant de se forcer à observer les faits de manière objective en listant aussi ce qui se passe bien. Allez, en se creusant un peu les méninges, ça va aller ! L’idée est de se faire violence pour adopter un regard, neutre à minima, qui permettra de faire objectivement la part des choses entre ce qui se passe bien et les axes d’amélioration inhérents à chacun d’entre nous.

En résumé, alors que St Thomas ne croit que ce qu’il voit, il semble au contraire intéressant de suivre le cheminement inverse et de se dire : je vois ce que je crois. Si je crois que mon équipe a beaucoup de talents, alors je vais les accompagner à travers une proximité bienveillante qui permettra de créer l’ensemble des conditions qui mèneront aux succès, individuels comme collectifs.

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