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Qu'est-ce que le bonheur sinon l'accord simple entre un individu et l'existence qu'il mène. Albert Camus.

Churchill, une incroyable énergie au service d’une détermination à toute épreuve

Churchill disait, « Agissez comme s’il était impossible d’échouer. » A l’occasion de l’anniversaire de sa mort, nous revenons sur le parcours hors du commun de celui qui restera le chef de guerre, sauveur du monde libre, qui se dressa contre la barbarie nazie. Soldat, correspondant de guerre, écrivain, peintre, député, Premier Ministre, Prix Nobel ; il n’y a pas de superlatif assez fort pour décrire le parcours de celui que l’on surnommait « le vieux lion ». D’où venait l’incroyable énergie de ce fonceur invétéré ? D’où lui venait la ténacité qui lui a permis de mobiliser derrière lui un pays tout entier ? Analyse de la vie d’un géant qui a marqué le XXème siècle d’une empreinte indélébile.

1.      Une enfance douloureuse résultant d’un profond manque de reconnaissance.

Winston Churchill est issu d’une des plus illustres familles d’Angleterre. Son ancêtre le Duc de Marlborough, John Churchill, a vaincu les troupes de Louis XIV en 1704 et a reçu en récompense le château de Blenheim.

Enfant de l’ère victorienne, passionné par l’épopée de ses ancêtres, il rumine des histoires de soldats, de batailles et de guerres. Il est fasciné par les tapisseries de son aïeul menant des batailles sur son cheval et baigne dans un univers guerrier dès sa plus tendre enfance. Cet environnement aura bien entendu une forte influence sur celui qui passe alors son temps à jouer au petit soldat.

Ce cadre en apparence idyllique masque en réalité la part la plus triste et la plus sombre de son histoire : l’indifférence de ses parents. Trop occupés à courir les mondanités et les garden parties, ils délaissent totalement le petit Winston qui sera éduqué, comme le veut la tradition victorienne, par sa nourrice et pour ainsi dire sa mère de substitution.

Surnommé par ses proches « le petit bulldog », il fait l’unanimité auprès de ses professeurs : c’est un enfant exécrable et odieux, qui gâche de formidables capacités. Sans doute cherche-t-il, à travers ce comportement, à attirer l’attention, lui qui manque constamment de la plus basique reconnaissance parentale. « J’ai grandi dans la poche de son gilet, oublié comme un penny. »

Envoyé en pension assez jeune, il ne reçoit jamais plus d’une visite parentale par an malgré ses supplications incessantes. Pour atténuer sa solitude affective, il peuple son adolescence de lectures et fera de la littérature et de l’écriture un fil conducteur de son aventure épique.

Churchill voue une admiration sans faille à son père. Il apprend par cœur ses discours, remplit des albums entiers où il compile tous les articles et les caricatures, lui vouant au quotidien au véritable culte. Il lui consacrera d’ailleurs deux ouvrages biographiques. Et pourtant, son père, n’ayant à lui offrir que du mépris, le rabaisse constamment. Le plus parlant pour illustrer leur relation tumultueuse reste cet extrait de leurs échanges épistolaires : « Vous êtes la plus grande déception de ma vie et vous ne serez jamais qu’un raté, un perpétuel recalé, un rebus de la société et vous mènerez une vie médiocre et misérable jusqu’à la fin de vos jours. »

Après avoir vu sa carrière politique exploser en plein vol après un vote de son budget contesté, Randolph Churchill meurt prématurément le 24 janvier 1895 à l’âge de 46 sans jamais avoir accordé la moindre reconnaissance à son fil mal aimé. C’est à ce moment que Winston devient réellement Churchill. A 20 ans, il devient un homme pressé, pressé d’accomplir de grandes choses, étant persuadé qu’il mourra jeune lui aussi. Dès lors, il ne s’arrêtera plus et fera preuve d’une détermination à toute épreuve.

2.      La motivation revancharde, source du rêve qui va lui permettre d’écrire l’histoire.

La motivation revancharde nait d’un échec, d’une frustration ou potentiellement d’une humiliation. C’est une scène fondatrice où l’on se dit : « je ferai tout pour laver l’affront, pour ne plus revivre pareille déception ou désillusion ». En l’occurrence, Churchill se dit : « Je prouverai à mon père que je ne suis pas un raté ou la honte de ma lignée, et le seul moyen d’y parvenir, c’est de marquer l’Histoire de mon empreinte. »

Dès lors, il est pressé d’accomplir de grandes choses avant que la mort ne l’emporte à son tour. Cette motivation va lui donner l’énergie de définir un projet extrêmement ambitieux et d’accomplir ses rêves. Il a été le fils indigne, il va mettre toute son énergie pour être à la hauteur de son ancêtre. « L’ Histoire me sera indulgente, car j’ai l’intention de l’écrire. »

Ne voulant pas utiliser son nom, la renommée de son père ou son réseau d’influence, il décide se faire seul pour que l’on ne puisse pas l’accuser de tirer parti de sa filiation. Il part sur tous les fronts de l’empire colonial britannique en quête d’action car il subodore que c’est le moyen pour lui de se distinguer. Inde, Soudan, Cuba, Afrique du sud, il sera célébré à son retour en héros de l’empire. Les articles envoyés du front par dizaines ont bien entendu participés à construire la renommée lui permettant de sortir du lot et d’être élu député à l’âge de 26 ans.

Il participe à 14 élections, écrit 14 livres, des centaines d’articles et de discours, dont plusieurs passeront à la postérité. Il reçoit le prix Nobel de littérature pour son récit de la seconde guerre mondiale et sera également père de cinq enfants. Il fourmillera d’idées tout au long de sa vie.

 » Churchill a deux cents idées par jour dont quatre seulement sont bonnes mais il ignore lesquelles ». Franklin D. Roosevelt

Trompe la mort, il survit à cinq conflits armés où il est en première ligne sans jamais être blessé. Il échappe à trois accidents d’avion qui en auraient tué plus d’un et frôle la mort en se faisant renverser par une voiture à New-York. A l’âge de 65 ans, il devient le dernier rempart pouvant empêcher les hordes nazies d’envahir la Grande Bretagne. Le bulldog sera le symbole de l’Angleterre qui lutte et qui ne renonce jamais.

En revanche, il est intéressant de noter qu’aux moments où Churchill cesse d’être en projet, son extraordinaire énergie l’abandonne aussitôt. Après chaque revers politique et militaire, inévitable en 60 années de carrière politique, la dynamique du projet est brisée. Dès lors, il sombre dans de profondes dépressions qu’il appellera son « black dog ».

Derrière ces revers, c’est son père qu’il décevait, ce qu’il ne supportait que très difficilement. Il luttera toute sa vie dans cette quête du deuil impossible de la reconnaissance du père, celle qu’il n’obtiendra jamais, malgré ses services rendus. Le poids de l’ombre de son père n’a cessé d’être présent et d’orienter obscurément sa vie, qui pouvait parfois être extrêmement sombre. Ce rapport au père revêt un côté totalement obsessionnel tout au long de la vie du fougueux Winston.

3.      Utiliser ses talents naturels pour réaliser ses rêves.

« Deviens qui tu es et accomplis ce que tu es le seul à pouvoir accomplir. » Nietzsche

Ce parcours extraordinaire n’a rien à voir avec la chance. Churchill est plutôt un parfait exemple pour illustrer deux de nos croyances les plus profondes.

Nous n’atteindrons que ce que l’on vise : sans un rêve très ambitieux, la réussite n’est pas possible. Le rêve est moteur, il nous met en mouvement et donne à l’être humain une énergie phénoménale au quotidien. Le rêve de Churchill était de faire de grandes choses pour marquer l’Histoire et ainsi obtenir la reconnaissance de son père, même à titre posthume. Ce rêve ultime a généré en lui une énergie endogène et a guidé ses actes héroïques tout au long de sa vie.

Nous ne pourrons nous réaliser qu’en utilisant nos points forts : il y a des milliers de chemins différents pour réaliser le même rêve mais à titre individuel, un seul et unique chemin nous permettra d’y parvenir. Et ce n’est qu’en étant aligné avec qui nous sommes et en étant lucide sur nos points forts que nous parviendrons à atteindre nos plus belles ambitions. Encore faut-il parvenir à s’autoriser à rêver dans une société où notre cerveau droit, siège de l’onirisme et de l’intelligence émotionnelle, est totalement inhibé depuis notre arrivée à l’école primaire.

Un jour, Winston Churchill confia : « Aujourd’hui, nous sommes le 24 janvier. C’est le jour où mon père est mort. C’est le jour où je mourrai moi aussi. » Churchill tombe dans le coma le 10 janvier 1965 mais, comme il l’avait annoncé 12 ans auparavant, résiste jusqu’au 24 janvier. 70 ans, jour pour jour, heure pour heure après le décès de son père. Même sa mort est un ultime appel à celui qui l’a tant méprisé.

Cette dernière anecdote révèle finalement la clé de l’énigme Churchill. Son moteur secret et les principales facettes de cet homme d’exception ont la même source. Il puise sa puissance guerrière dans la genèse familiale, sa ténacité découlera de son surnom quand il était enfant et ses qualités d’orateurs et d’écrivain découlent de l’admiration qu’il porte aux discours de son père. Son infaillible ambition le pousse à réussir là où son père a échoué pour redorer le blason familial et son incroyable énergie émane de cette formidable mise en projet, rendue possible par la blessure originelle de n’avoir jamais existé aux yeux de son père.

En résumé, la recherche de reconnaissance d’un père idolâtré et une cohérence entre ses actes et ses points forts naturels ; tels sont les fondements qui ont structuré la personnalité complexe de Winston Churchill. C’est une preuve supplémentaire que l’Homme se structure avant tout à travers un besoin viscéral de reconnaissance ; ou à défaut d’en recevoir, à travers une motivation revancharde qui permettra de pallier ce manque insupportable, à condition d’être aligné sur ses points forts. En définitive, le père de Churchill, par son manque d’humanité, a finalement contribué à sauver ce qui restait de l’Humanité.

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