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Qu'est-ce que le bonheur sinon l'accord simple entre un individu et l'existence qu'il mène. Albert Camus.

Sébastien Loeb, ou quand une pierre fait perdre David contre Goliath

Pour sa deuxième participation au rallye-raid mythique, Sébastien Loeb a manqué de (très) peu de rentrer encore davantage dans l’histoire du sport automobile. Il aura lutté sans relâche, « le couteau entre les dents », pour la victoire finale ; au coude à coude pendant près de deux semaines avec celui que l’on nomme Mr Dakar et qui est le maître incontesté de l’épreuve. Un caillou à l’origine d’une crevaison est finalement venu briser les ambitions du nonuples champion du monde WRC qui, en tant qu’outsider assumé, rêvait de déloger Stéphane Peterhansel de son trône.

A cette occasion, nous revenons cette semaine sur le parcours d’un des plus grands champions du sport automobile. Découvert sur le tard, il est le plus titré de sa catégorie avec des records aussi nombreux que stratosphériques. Comment a-t-il fait pour surclasser tous ses concurrents pendant près d’une décennie ? D’où lui vient cet esprit de compétiteur qui lui permet d’empiler les trophées et les records sans jamais être rassasié ? Retour sur les exploits de celui qui demeure d’année en année l’un des sportifs préférés des français.

1.      Une enfance sportive qui forge un caractère de champion.

Issue d’une famille où le sport à toujours occupé une place prépondérante, Sébastien Loeb est « tombé dedans quand il était petit ». Encore très loin des sports mécaniques, il débute la gymnastique à l’âge de trois ans sous l’impulsion de son père, double champion de France universitaire dans la discipline. Et s’il y a un bien un sport synonyme de discipline, c’est bien celui-là !  Sa mère, professeur de mathématique, lui transmettra sans doute la rigueur et la précision d’une science particulièrement structurante.

Des dires de l’intéressé lui-même, le rallye n’est pas un sport qui demande de grandes capacités physiques. Mais dans une discipline où tout peut se jouer à 1/10 ème de seconde, il ne faut rien laisser au hasard. Une excellente condition physique peut donc faire la différence quand il faut aller puiser dans ses dernières ressources physiques et mentales pour l’emporter. Le physique d’athlète permet alors de ne pas s’épuiser et de rester concentré jusqu’au drapeau à damier. Cela a sans doute été un avantage précieux ces deux dernières semaines, les conditions climatiques étant dantesques.

De plus, lorsque l’on se retrouve face à des juges qui dissèquent et décomposent l’ensemble des nos mouvements, il est indispensable d’être en recherche constante de la perfection. Sébastien Loeb est l’un des pilotes à l’origine de l’introduction dès le début des années 2000 d’un nouveau style épuré de conduite, copié par leurs successeurs et faisant encore aujourd’hui office de référence. Cette nouvelle approche consiste à rechercher systématiquement la trajectoire optimale. Concrètement, il adopte des techniques de freinage beaucoup plus en ligne et prescrit le survirage lors des entrées en courbes afin de limiter au maximum les phénomènes de glisse et ainsi conserver la meilleure vitesse de pointe possible.

Ainsi donc, dès son plus jeune âge, l’alsacien se familiarise avec l’exigence d’un sport qui lui permet d’intégrer l’ensemble des paramètres de la réussite sportive. A l’âge de six ans, il truste déjà les podiums avec une culture de la gagne chevillée au corps. Il y apprend le goût de l’effort, la gestion du stress et de la concurrence, l’esprit de compétition, la concentration et aussi, l’équilibre. 

Tous ces fondements structurent très tôt la personnalité de celui qui a la réputation d’aller systématiquement au bout des choses. Durant toute son enfance, il enchaine les compétitions et se construit un joli palmarès, qui, à n’en pas douter, aurait pu le conduire jusqu’aux Jeux Olympiques. Il sera quatre fois champion d’Alsace, une fois champion du Grand Est et finira 5e au Championnat de France. Déjà à l’époque, rien ne le motive plus que la victoire. Mais voilà, quelqu’un a eu la bonne idée de lui mettre un guidon entre les mains.

2.      Des référents qui le structurent et l’accompagnent jusqu’au sommet

« De toute façon, il n’y a qu’une chose qui m’intéresse c’est la première place. Le reste ne m’intéresse pas »

Un peu avant ses quatre ans, ses parents, référents primaires, qui accompagnent toutes les premières aventures, lui offrent un vélo avec lequel il ne perd jamais une occasion de faire la course. Il voue une passion sincère et véritable à la vitesse. Que ce soit sur un tricycle, une mini-moto ou une « mob’ », la seule chose qui compte pour lui, c’est de « finir devant. »

Rapide, téméraire, il a un sens inné du pilotage qu’il développe en mobylette sur les parkings, dans les bois, et surtout, sous le regard de son père pendant les compétitions. Très vite, ce dernier sera d’ailleurs interpellé par ses exceptionnelles capacités.

Sebastien Loeb sera aussi regardé et valorisé par ses référents tertiaires (famille et amis), notamment par sa grand-mère. Elle sera son premier sponsor en lui offrant ce fameux « premier volant » dont rêves tous les jeunes pilotes en lui permettant l’achat de sa toute première voiture. Le regard valorisant de ses amis, prépondérant à l’adolescence, n’est pas en reste puisque lui et ses compères passent tout leur temps libre à faire la course avec leurs bolides, au grand damne du voisinage.

La rencontre qui va changer la vie de Sébastien Loeb arrive sur le tard, lorsqu’il a 21 ans. A l’issue de l’opération rallye jeune où il a brillé, Dominique Heintz lit un article sur lui et décide de le prendre sous son aile. Ce dernier va même jusqu’à hypothéquer sa maison pour financer les débuts du jeune prodige.

Dans la foulée, c’est au tour du directeur de la branche sportive de Citroën, Guy Fréquelin, de jouer le rôle de référent secondaire, sorte de père spirituel qui manage et qui coach en accompagnant le développement de l’individu, généralement jeune adulte, au quotidien. La particularité de Guy Fréquelin : parvenir à faire la synthèse complexe et subtile entre exigence et bienveillance. Ce mentor pousse le champion en devenir dans ses retranchements et le challenge au quotidien tout en veillant sur lui avec patience et bienveillance.

Autour de lui, c’est un noyau dur d’une quinzaine de personnes qui l’aide à se structurer et qui a un réel impact sur ses performances.

3.      Le travail au quotidien pour aller toujours plus vite et briller dans la durée.

2003 sera une année charnière, de celles qui voient naître un levier motivationnel extrêmement puissant : la motivation revancharde. Lors du dernier rallye de la saison, Loeb, alors deuxième, doit jouer la sécurité et laisser filer le titre en assurant la deuxième place pour garantir à Citroën le titre constructeur. Professionnel, et avec un esprit d’équipe et de camaraderie chevillé au corps, il obéit aux ordres sans faire de vague et jure que l’on ne l’y reprendra plus. Il comprend que chaque point compte ; et qu’il ne faut jamais se relâcher, même avec une avance confortable au classement.

Un des secrets de l’alsacien ? un système de note unique pour décrire la piste, élaboré avec son co-pilote et ami Daniel Elena. D’année en année, le code est peaufiné, corrigé, amélioré et répété avec un souci du détail impressionnant. Même si la spéciale est identique, tout est remis systématiquement à plat. Les notes sont retranscrites avec beaucoup de précision : angle du volant, présence de gravier ou de boue. Daniel Elena donne le rythme et la cadence au pilote par la voix. Les notes sont pour ainsi dire « chantées » par dans le bon tempo.

Aux dires de son épouse, qui a parfois été sa co-pilote, il fait preuve d’un calme et d’une concentration à toute épreuve. Son passé de gymnaste nous invite bien entendu à la croire sur parole. C’est, à n’en pas douter, son sens du détail et son perfectionnisme qui lui permettent, à l’image de Teddy Riner, de minimiser la « pression d’enjeu », la pression sur le combien, sur le résultat final. Il ressent alors plutôt une « pression sur le jeu », sur les moyens concrets, sur le comment atteindre les résultats escomptés.

« Quand j’arrive à la limite, il s’ouvre un espace de liberté. Sébastien Loeb »

Sa mission intemporelle, cette fameuse quête frénétique de vitesse optimale le pousse et lui donne l’énergie de se soucier perpétuellement des moindres détails. A l’image de la préparation minutieuse des 24 heures du mans 2006 où lui et ses coéquipiers terminent sur la deuxième marche du podium, il fait plusieurs le tour de reconnaissance en scooter et ne commettra aucune erreur. Chez lui, le souci du détail tourne à l’obsession, et, à l’image d’un maestro, il répète ses gammes encore et encore. Il n’y a aucune place à l’improvisation pour celui qui termine le plus souvent tout en haut du podium.

En résumé, Sébastien Loeb est un passionné de vitesse qui a su élever sa discipline au rang d’art. Les qualités valorisées dans son enfance, son goût de l’effort, sa rigueur, sa précision et son perfectionnisme, ont permis à l’actuel record man du Pikes Peak de régner sur le monde du rallye pendant près d’une décennie. A l’issue de sa deuxième place de ce week-end, le champion nous laisse avec l’agréable pressentiment que l’on va le retrouver sur la prochaine édition du Dakar et qu’à cette occasion, il finira sur la plus haute marche du podium et rajoutera une nouvelle ligne, et quelle ligne, à son époustouflant palmarès. On prend les paris ?

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