Good Morning Management

Qu'est-ce que le bonheur sinon l'accord simple entre un individu et l'existence qu'il mène. Albert Camus.

Pourquoi l’Homme a t-il tant besoin de reconnaissance ?

Que peuvent bien avoir en commun une dame âgée qui papote avec la caissière du supermarché le lundi soir à l’heure de pointe, un enfant qui écrit au feutre sur les murs de sa chambre et un salarié en rejet total de la stratégie de son entreprise ? Peut-être l’aurez-vous deviné, chacun manque à différents degrés du besoin universel de l’être humain : la reconnaissance.

D’où nous vient ce besoin vital ? Pourquoi est-il indispensable à notre épanouissement ? Et surtout, que se passe-t-il lorsque celui-ci n’est pas assouvi ? Retour sur un besoin fondamental trop souvent galvaudé malgré son impact déterminant sur la motivation des équipes, et par conséquent, sur les performances de l’entreprise.

  1. Des expériences scientifiques et anthropologiques qui prouvent que la reconnaissance est vitale pour l’Homme.

Lorsque l’on demande à quelqu’un de quoi l’être humain a besoin pour vivre, la réponse qui revient le plus souvent et de manière très spontanée est « Boire, manger, dormir ». Une réponse somme toute logique, notamment lorsque l’on pense aux besoins énoncés par Maslow. « L’expérience interdite » de l’empereur Frédéric II nous montre que sa fameuse pyramide éponyme est cependant incomplète, voire erronée.

Au treizième siècle, Frédéric II, empereur du saint empire romain germanique, passionné par les langues (il en parlait 9) se demanda qu’elle était la langue naturelle que parlerait l’être humain s’il n’était pas influencé par le dialecte utilisé par son entourage.

Pour mener à bien cette quête de la langue originelle, il confie six orphelins à des nourrices. Il demande à ces dernières de subvenir à tous les besoins physiologiques des bébés mais leur interdit de leur parler et de discuter entre-elles en présence des nourrissons. Les infirmières s’en occupent alors de façon automatique sans un lien privilégié d’attachement. Privés d’affection, les jeunes enfants dépérirent et finirent tous par mourir.

Dès les années trente, le psychiatre René Spitz nommera cet état l’hospitalisme. En observant le comportement de bébés placés dans une pouponnière de prison et séparés de leurs mères délinquantes, il constata avec effarement l’évolution dramatique de l’état psychologique des nourrissons.

Le premier mois, les enfants sont tristes, pleurent et recherchent le contact physique avec tout adulte à proximité. A partir du second mois, Spitz constate un arrêt du développement et le début de la perte de poids. Puis, au bout de trois mois, l’enfant refuse le contact, la nourriture, il a des insomnies. Il demeure anxieux et indifférent. L’enfant est vide, totalement absent, abattu, il a une activité répétitive : il se berce lui-même, suce le pouce avec le regard perdu, et parfois même, il se tape pour provoquer une interaction. Il n’y a plus aucun intérêt pour les gens et l’environnement.

Dans sa pyramide éponyme, Maslow place le sentiment d’appartenance, et par conséquent la socialisation, au troisième étage des besoins de l’être humain. Ces expériences et ces observations tendent à prouver, de façon irréfutable, qu’homo sapiens est avant tout un animal social qui a besoin d’interactions d’ordre affectives avec ses semblables.

  1. Un besoin vital qui va s’ancrer dès la naissance et durer toute notre vie.

Nous avons tous en tête l’image du tout jeune poulain qui se tient sur ses quatre pattes quelques minutes à peine après être sorti du ventre de sa mère. Les nouveaux nés des espèces nidifuges ; à savoir la plupart des proies, les herbivores et certaines espèces d’oiseaux ou de cétacés ; font preuve d’une formidable autonomie quelques minutes seulement après la naissance. Il est en effet vital pour la survie de l’espèce qu’ils soient capables de se déplacer rapidement pour échapper aux prédateurs.

A l’inverse, l’espèce humaine n’est autonome que très tardivement. Edenté, incapable de tenir debout, totalement impotent, le « petit d’homme » n’est finalement qu’un grand prématuré incapable d’autonomie avant environ une vingtaine de mois. Ceci n’est que la conséquence de la merveilleuse capacité d’adaptation de la nature.

Pourquoi diable mère nature ferait-elle cela ? La naissance au terme de 9 mois n’est que la résultante de deux bouleversements majeurs survenus durant notre longue évolution. Le premier bouleversement date d’homo erectus : le redressement et le passage à la station debout. Lorsque l’espèce humaine est devenue bipède, notre bassin s’est rétrécie rendant impossible une gestation trop longue pour la mère.

Deuxième bouleversement, l’utilisation d’outils par homo habilis. L’accès régulier et pour ainsi dire quotidien à des protéines issues de la chasse a grandement augmenté nos capacités cérébrales et la taille de notre boite crânienne. La nature, qui sait faire preuve de pragmatisme, s’est une fois de plus adaptée en trouvant un juste équilibre entre la taille du bassin et le volume de la boite crânienne.

Cet état « végétatif » nous rend totalement dépendant du regard de nos parents. C’est la raison pour laquelle les enfants sont des boulimiques de reconnaissance et ne se lassent jamais d’être observés, valorisés voire sur-applaudis dès lors qu’ils sont en présence des référents indispensables à leur épanouissement.

Le besoin de reconnaissance est une des principales sources de motivation de l’enfant. Quel parent n’a pas en mémoire des enfants surexcités autour de lui durant une conversation téléphonique qui s’éternise un peu ? Le message subliminal envoyé par l’enfant est : « regarde-moi ».

Quand on ne s’intéresse pas au dessin qu’un enfant a fait sur une feuille, il colorie les murs et obtient ce qu’il désire, de la reconnaissance. Reconnaissance certes négative (il se fait gronder), mais de la reconnaissance tout de même. La plupart des bêtises des enfants sont liées à un manque ponctuel d’intérêt pour ce que fait l’enfant. Bien entendu, l’inconscient préfère la reconnaissance positive. Mais il préfèrera toujours la reconnaissance négative à l’indifférence qu’il ne pourra jamais supporter.

  1. A l’âge adulte, le manque de reconnaissance a un impact tout aussi désastreux.

Si les enfants sont des boulimiques de reconnaissance, il en va exactement de même pour les adultes. L’octogénaire qui va faire ses courses à l’heure de pointe cherche simplement « à voir du monde » et tente de combler la solitude qui l’accable au quotidien. Même si c’est agaçant pour les actifs pressés et stressés, il faut garder à l’esprit que pour elle, un peu comme le passage du facteur dans certains villages, une des rares occasions de socialisation.

Les personnes âgées sont souvent sujet à la solitude avec des conséquences non moins dramatiques. Cela se traduit en premier lieu par un déclin de l’attention portée à soi. Après tout, si personne ne vous voit, à quoi bon prendre soin de son apparence ? S’en suit alors un arrêt de l’alimentation, des démences séniles telles que l’invention d’un monde imaginaire, et dans les pires cas, des complications neuropsychologiques.

L’isolement empêche la verbalisation des affects et donc la possibilité de communiquer nos émotions et ressentis, nos angoisses et nos peurs aux autres et se faisant de les soulager en partie. Cela engendre Dépressions, attaques de paniques, troubles émotionnels, diminution des capacités d’analyse et de repérage dans le temps et l’espace, problème de mémoire, désorientation, absences… Toutes ces manifestations de la solitude ne sont pas sans rappeler l’hospitalisme des nourrissons livrés à eux-mêmes.

Au sein de l’entreprise, le manque de regard de la part du manager, référent secondaire indispensable à l’épanouissement de l’individu, a de nombreuses conséquences. Cela provoque des comportements nocifs, ceux-ci ayant de profonds impacts sur la performance globale de l’entreprise.

Le schéma de la démotivation.

 

Ces symptômes vous rappellent certains de vos collègues ? Ne cherchez plus, ils sont tous la conséquence d’un seul et même syndrome : le manque de reconnaissance de la part de la hiérarchie. L’impact des difficultés personnelles est bien évidemment à prendre en compte mais dans la grande majorité des cas, dès que l’on creuse un peu, on s’aperçoit qu’il s’agit là encore d’une cruelle absence de regard.

Vous en conviendrez, l’absence de reconnaissance n’a vraiment rien de réjouissant. A contrario, recevoir de la reconnaissance de la part des référents qui comptent réellement à nos yeux est une source phénoménale d’énergie qui nous permet de déplacer des montagnes.

  1. L’impact extrêmement positif sur notre motivation lorsque le besoin de reconnaissance est assouvi.

En ce qui concerne les effets positifs de la reconnaissance sur l’être humain, ils sont aux antipodes des conséquences évoquées précédemment.

Parents, vous voulez que votre enfant développe sa fibre artistique ? Intéressez-vous à ses dessins. Vous voulez qu’il devienne champion de basket ? Jouez avec lui et allez voir ses matchs ! Dans la prime enfance, toute la reconnaissance positive reçue de la part des référents primaires nourrie l’estime de soi dans les domaines valorisés et nous permet de développer nos points forts.

Quand on analyse le parcours des grands champions ou de ceux qui rencontrent des succès hors du commun, on retrouve systématiquement le même dénominateur commun : enfants, ils ont tous été sur-applaudis dans leur domaine de prédilection et ont cultivé des points forts spécifiques générateurs d’un cercle vertueux extrêmement puissant.

« On s’intéresse à moi quand je fais ça, j’ai d’autant plus envie de le faire, je prends du plaisir, j’obtiens de supers résultats, je reçois un regard positif parce que je réussi etc ». Mozart, Verdi, Tiger Woods, les sœurs Williams, Kilian Jornet et tant d’autres ; tous ont développé leurs talents exceptionnels sur la base de l’intérêt qu’ils suscitaient auprès de leurs parents.

De même, la reconnaissance est une source majeure d’énergie, et par conséquent de motivation pour le collaborateur. Il est alors dynamique et enthousiaste, il est proactif, il anticipe les problèmes et vient avec des solutions, il prend des initiatives et surtout, il se remet facilement en question. L’écoute active, qui est la meilleure façon de donner de la reconnaissance à un adulte, est alors l’outil le plus efficace pour valoriser, débriefer, faire grandir… Il est par conséquent indispensable (mais pas suffisant pour autant) pour créer les conditions de la motivation au sein d’une équipe.

En définitive, le regard de nos proches et de nos managers de proximité a un impact absolument déterminant sur notre bien-être ainsi que sur notre santé physique et mentale. Ce besoin existentiel explique peut-être aussi pourquoi nous acceptons de livrer en pâture notre vie privée sur les réseaux sociaux… mais ceci est une autre histoire.

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

© 2017 Good Morning Management — Powered by WordPress

Theme by Anders NorenUp ↑