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Qu'est-ce que le bonheur sinon l'accord simple entre un individu et l'existence qu'il mène. Albert Camus.

Loi travail : réformer la France ou l’art de conduire le changement

Depuis maintenant plus de trois mois, une partie des syndicats et des travailleurs s’opposent de façon particulièrement virulente au gouvernement et à certaines institutions de notre pays au sujet de la loi travail. Que ce soit la réforme du CIP sous l’ère Balladur, le plan Juppé ou encore le CPE sous François Fillon, nous ne comptons plus les exemples de réformes avortées après une pression de la rue.

Cet article n’a pas vocation à prendre parti en nous positionnant pour ou contre les gouvernements sus nommés, ni même à préjuger de la qualité / pertinence des réformes en question. C’est l’analyse du phénomène de contestation qui nous intéresse.

Mais alors, comment expliquer que ces mouvements de colère se répètent inlassablement ? Quelles sont les causes sous-jacentes de ces nombreuses réactions émotionnelles ? Et surtout, quelles sont les conditions à mettre en œuvre pour (enfin) voir la France se réformer dans un climat social apaisé ?

Dans les faits, ce que vivent ces salariés et leurs représentants à travers ces réformes n’est rien d’autre qu’un changement. Partant de ce postulat, il semble opportun de commencer par se demander quelles sont les conséquences psychologiques du changement et comment celles-ci se matérialisent chez l’être l’humain.

1. Qu’est-ce qu’un changement ?
Vivre un changement, quel qu’il soit, du plus mineur au plus brutal, c’est passer d’une situation A, l’annonce du changement ; à une situation B, le changement est digéré et notre psyché est passée à autre chose. Entre A et B, il faut du temps, d’une fraction de seconde pour les changements infimes (mon pull rouge est sale, je vais devoir mettre le bleu) à plusieurs années voir à toute une vie pour les changements les plus douloureux. Entre A et B se situe A’, l’effectivité réelle du changement.

Lorsque survient un changement, notre cerveau, de façon inconsciente, émotionnelle et le plus souvent irrationnelle, calcule un rapport entre le bénéfice apporté par ce changement et l’effort que cela nous coûte. Si notre cerveau conclut que l’effort est supérieur à l’apport, il se met à résister.

Notre inconscient, qui ne veut que notre bien, ne cherche finalement qu’à nous protéger d’un choc trop brutal grâce à des réactions émotionnelles nous permettant d’évacuer une importante situation de stress. Ma psyché me guide alors des réactions inconscientes pour échapper à B qui me fait peur.

La perception du même changement n’est pas universelle, elle est propre à chacun. Elle dépend de notre niveau de confiance en nous, de notre estime de nous-même, de nos habitudes de changement, de notre niveau d’énergie à un instant T…

2. La courbe du deuil
Le plus étonnant, c’est que ces réactions de résistances engendrées par chaque changement sont scénariques et ont pu être modélisées tant elles sont récurrentes et facilement perceptibles, à condition de prendre le temps de les observer.

Le professeur Elisabeth Kübler-Ross, psychiatre et pionnière de l’approche des soins palliatifs pour les personnes en fin de vie, a accompagné un grand nombre de patients ainsi que leurs familles. Elle a eu l’occasion d’observer des milliers de réactions liées à l’annonce d’une mort imminente et a constater une récurrence émotionnelle flagrante qu’elle a appelé la courbe du deuil.

Par la suite, elle a finalement conclu que cette courbe s’observait quel que soit la transformation subie. On peut donc également parler de la courbe du changement.

Courbe du changement

A. La phase émotionnelle.
La première partie de la courbe se traduit par une phase émotionnelle : le cerveau cherche par tous les moyens à échapper au changement.

La première réaction visible est le déni : « Ah non, ne me dît pas ça, c’est pas vrai ?! On a lutté contre le CPE, on a déjà fait reculer le gouvernement sur le sujet, ils ne vont pas remettre ça ! Ça doit être une erreur, tu as du mal comprendre… ». Le cerveau vient de calculer que l’effort est bien supérieur à l’apport. Il met alors en place une stratégie de défense qui incite à nier la réalité, la personne qui dénie se comportant comme si la réalité n’existait simplement pas, alors qu’elle la perçoit.

Deuxième comportement très facilement observable : la colère ! « Sous le pont d’Avignon, on y pend tous les patrons » ; « C’est un gouvernement d’incapables à la solde du MEDEF » ; « On prend en otage l’économie, on ira jusqu’au bout » ; « on est révoltés, c’est toujours aux mêmes qu’on demande les efforts ». Vous l’aurez compris, la colère se retourne contre l’annonciateur du changement ou les responsables qui y sont associés.

Vient ensuite la négociation aussi appelée marchandage. « On accepte l’article 1 si vous supprimez le 2» ; « Si les frondeurs continuent à progresser, le gouvernement sera encore plus affaibli et devra céder » ; « si nous paralysons le pays, le gouvernement reviendra à la table des négociations ». L’inconscient cherche à négocier une autre réalité pour échapper à ce changement.

Ces étapes sont d’ordre émotionnel, elles sont par conséquent irrationnelles et inconscientes. Elles engendrent des émotions désagréables invitant au rejet : la tristesse, sans laquelle il n’est pas possible de faire le deuil de la situation passée ; et la peur de l’inconnu, en réaction à la situation présente et future, liée au fait que l’avenir est par définition imprévisible.

S’ajoute à cela la peur de ne pas être à la hauteur ou de ne pas réussir à surmonter de nouvelles difficultés. Ces peurs sont alors génératrices de stress et d’anxiété : « Le métier d’ouvrier et donc la lutte des classes vont disparaître avec la robotisation des sites industriels » ; « mon employeur va nier les acquis sociaux et m’exploiter » ; « ils pourront me virer du jour au lendemain » ; « les syndicats ne serviront plus à rien si employeurs et salariés réussissent à s’entendre ».

B. La phase rationnelle.
La mécanique du deuil se décompose en une phase émotionnelle suivie d’une phase rationnelle.

La phase suivante de la courbe est la résignation. A un instant T situé entre A et B, le cerveau admet que le changement est inévitable. Je n’y adhère pas mais je comprends et j’accepte le fait que je ne peux plus y échapper. « Le premier ministre a tenu » ; « les raffineries sont débloquées » ; « les étudiants pensent aux examens et sont de retour sur les bancs de l’école » ; « le gouvernement n’a pas cédé »; « les partenaires sociaux ont finalement perdus le bras de fer ».

« Si ça change alors moi aussi il faut que moi je change, que je me remette en question ». Et la remise en question est ce qui coûte le plus d’énergie à l’être humain. La résignation s’accompagne donc obligatoirement d’une baisse d’énergie, allant du minuscule coup de blues à la dépression profonde. Tout dépend alors de la gravité et de l’impact de la mutation de l’environnement. Plus celle-ci est sévère, et plus « le coup de mou » se fera sentir. C’est le paradoxe de la phase de résignation : elle est certes énergivore mais c’est aussi à partir de cet instant que nous retrouvons l’accès à la pensée claire.

Ceux qui vivent le deuil changent de perception en phase d’acceptation par dépit : nous sommes tout d’un coup à même de « faire avec ». « La mission de délégué du personnel évolue, d’accord ! Mais on aura des formations ? » ; « Le dialogue avec la direction est apaisé mais ça ne résout pas le problème des CP ». Nous ne sommes plus enfermés dans nos réactions émotionnelles, il y a une remise en mouvement car nous commençons à percevoir des gains liés à ce changement même si des réminiscences de déception sont encore présentes. « C’est mieux mais… » ;

La phase d’intégration est une étape où nous sommes alors capables de constater des bénéfices concrets directement liés à la nouvelle situation : « Grâce au dialogue avec mon employeur, j’ai pu obtenir de passer au 9/10ème ». Nous prenons conscience que sans ce changement, nous n’aurions pas eu l’opportunité de bénéficier de choses positives.

Que ce soit en entreprise ou à l’échelle du pays, chaque changement d’ampleur, et par conséquent chaque réforme, doit tenir compte des effets psychologiques matérialisés sur la courbe. Ces changements doivent être particulièrement bien accompagnés si l’on veut favoriser l’adhésion du plus grand nombre en réduisant au maximum les réactions émotionnelles, certes compréhensibles mais non moins contre productives à l’heure où chaque point de croissance est vital pour le pays.

3. Les 7 règles d’or de l’accompagnement du changement.

Chnage 2.0 by CJ

Dans d’autres articles consacrés au changement, nous expliciterons en détail chacune de ces conditions de succès.

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