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Qu'est-ce que le bonheur sinon l'accord simple entre un individu et l'existence qu'il mène. Albert Camus.

Leicester, les raisons du succès

C’est l’histoire d’une équipe de football que tout le monde attendait en bas du classement, qui avait le plus « petit » budget alloué au recrutement (20 millions de livres contre parfois 10 fois plus pour certaines écuries anglaises), que tout le monde ou presque s’attendait à voir lutter toute la saison pour ne pas descendre en 2ème division, et qui est vient de réaliser un véritable exploit en devenant championne d’Angleterre pour la première fois de son histoire. 

Mais alors, comment expliquer ce succès aussi fantastique qu’inattendu ? Certes il y a Vardy, Mahrez et Kante, mais les équipes du Big four ne comptent-elles pas elles aussi des stars de renommée mondiale dans leurs rangs ? Partant de ce principe, comment expliquer ce résultat exceptionnel ?

 » En arrivant, le coach a vu que l’équipe avait un bon style de jeu et une bonne ambiance et il a eu l’intelligence de ne pas tout chambouler. »  Kesper Schmeichel à la BBC.

Il semble qu’au-delà d’une stratégie de reprise d’équipe intelligente, le coach des « foxes » applique un principe managérial appelé les 4C : Cohérence, Confiance, Concentration et Cohésion, principe qui a fait une fois de plus ses preuves lors de cette saison de championnat.

Commençons par la cohérence. Historiquement, le jeu traditionnel des « Foxes » se veut très physique et exclusivement tourné vers l’avant, dans un style de jeu simple et direct. Claudio Ranieri a respecté l’ADN du club et a su capitaliser sur les points forts de son équipe en faisant le pari de la continuité. C’est un coach qui s’appuie sur les qualités de ses joueurs et qui compense leurs points faibles avec des éléments tactiques typiquement italiens. Faute d’un budget mirobolant, c’est le Big data qui a permis un recrutement malin et cohérent, directement lié aux besoins spécifiques en matière de compétences, de valeurs et du projet d’équipe. L’analyse très précise des statistiques individuelles de joueurs moins côtés permet en effet de répondre à moindre coût aux attentes du coach en dénichant LA perle rare qui va venir renforcer l’équipe et palier certaines carences identifiées à l’intersaison.

En ce qui concerne la cohésion, Claudio Ranieri a aussi permis de faire vivre sur la durée des valeurs fortes, telles que l’engagement, la solidarité et l’esprit d’équipe, valeurs éminemment cohérentes avec ce que doit véhiculer un sport collectif mais qui tendent à disparaître dans un univers où le star system et l’individualisme sont trop souvent devenus rois. A n’en pas douter, la « star » de cette équipe, c’est le collectif. De ces valeurs découlent des principes qui font passer le collectif avant les intérêts individuels. Par exemples, les attaquants et les milieux doivent faire bloc pour quadriller la zone à la retombée du ballon, pour le récupérer le plus vite possible, et le bloc équipe se doit de toujours rester très compact pour garantir une solidité défensive à toute épreuve. On ne compte plus le nombre de précieuses victoires remportés par l’équipe sur le score de 1-0. On n’en attendait pas moins du technicien italien. Le turnover instauré par celui que l’on surnomme outre-manche « le bricoleur », qui potentiellement peut être générateur de tension et de frustration génère, grâce à cette cohésion, une émulation au service du projet collectif. Le turnover n’impact pas la motivation des joueurs mais devient finalement une condition de succès qui tue dans l’œuf les problématiques d’égo.

Autre élément important: la concentration des joueurs sur les gestes basiques et les fondamentaux. Chaque joueur connait précisément les attentes du coach et se concentre uniquement sur sa mission en appliquant des basiques métiers : les défenseurs défendent, les milieux construisent, les attaquant marquent. Conscient que personne ne les attend en haut du classement à l’arrivée, les joueurs ont beaucoup moins la pression sur le « combien ? » sur le résultat final, que sur le « comment ? », la manière dont on atteint ce résultat. En lieu et place de cette « pression d’enjeu » pouvant générer un stress inhibiteur pour les joueurs, le brief d’avant match permet au coach de mettre davantage la « pression sur le jeu », sur la tactique, sur le « comment on va gagner ? » qui rassure, qui donne confiance aux protagonistes sur le terrain et qui évite le fameux « on joue pour ne pas descendre en D2 ».

leicester pression sur le jeu

Dernier élément et non des moindres, la confiance. Le coach a une confiance aveugle en ses joueurs  et ceux-ci le lui rendent bien. Cette confiance mutuelle dans le projet évite aux joueurs de douter du plan de jeu, et assure au managers que ses joueurs l’appliquent sans relâche et sans retenue, du début à la fin de saison.

En résumé, la clé du succès repose sur un système cohérent, aligné sur des valeurs immuables, des points forts cultivés au quotidien, des règles du jeu comprises et respectées par les joueurs et une intelligence situationnelle à toute épreuve. A n’en pas douter, toute entreprise désireuse d’atteindre des sommets devrait suivre la méthode Ranieri, qui peut s’extrapoler à n’importe quel système humain.

Le plus difficile pour Leicester sera maintenant de confirmer son statut la saison prochaine sachant que désormais, les adversaires sont prévenus. Ranieri doit maintenant se poser la question du projet pour l’an prochain et réussir à refocaliser son équipe sur les fondamentaux dont découlent ce succès pour éviter à ses joueurs de prendre « la grosse tête ».

Quoi qu’il en soit, les fidèles du King Power Stadium auront le plaisir d’entendre retentir l’enivrante musique de la ligue des champions en se prenant à rêver de décrocher le Graal suprême des sommets européens. Après tout, comme disait Ranieri himself, « c’est important de laisser les supporters rêver« .

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