Depuis l’avènement de la « génération » Y, de nombreux  articles et reportages ont tentés d’apporter des réponses et des explications aux comportements de ces « djeun’s » dont le mode de fonctionnement marque une rupture profonde avec le passé. Mais à force de chercher à analyser les mœurs de cette catégorie de la population, n’avons-nous pas prit certains raccourcis un peu caricaturaux ?

En synthèse, ceux quisont nés après 1979 sont impatients, contestent l’autorité, ils zappent sans cesse en faisant plusieurs choses en même temps, ce sont des mercenaires qui changent de job comme de chemise, ils sont individualistes et en plus, comble de l’insolence, il faut leur donner du sens et expliquer, comme disait Brassens, « à ces petits cons de la dernière averse », le pourquoi des décisions qui sont prises !

« Les jeunes d’aujourd’hui aiment le luxe, méprisent l’autorité et bavardent au lieu de travailler. Ils ne se lèvent plus lorsqu’un adulte pénètre dans la pièce où ils se trouvent. Ils contredisent leurs parents, plastronnent en société,  et n’ont aucun respect pour l’âge. À notre époque, les enfants sont des tyrans »  Socrate

Il est vrai que les 20 – 35 ans, familiarisés dès l’enfance à l’usage d’Internet, ont l’habitude d’obtenir rapidement et facilement des réponses très précises aux questions qu’ils se posent et qu’ils sont, par la force des choses, en perpétuelle quête de sens.

Mais en l’occurrence, cette quête de sens n’est-elle pas légitime quel que soit l’âge du collaborateur ? « La ménagère de 49 ans » n’a telle pas besoin de comprendre le sens de sa mission pour s’y investir pleinement ? Elle aussi, comme tout un chacun, a besoin d’un management motivationnel individualisé (et pas individualiste).

Qui, parmi les actifs ou les séniors, n’a jamais utilisé son smartphone ou sa tablette confortablement installé devant la télévision ? N’avez-vous jamais reçu un email de votre grande tante avec une recette de cuisine dont elle seule a le secret ? Les quadras n’ont-ils aucunes velléités d’évolution externe ? Et puis, est-il vraiment raisonnable de généraliser le caractère impatient et contestataire des 13 millions de français nés entre 1979 et 1994 ? Fonctionnent-ils tous de façon identique ? Qu’en est-il des valeurs transmises par les parents? De l’éducation ? De l’inné et de l’acquis ?

En définitive, est-il encore pertinent de focaliser notre attention sur les difficultés à manager une génération précise quand l’ensemble de notre société, au cœur de la révolution numérique, a pris un virage dont il est encore difficile de mesurer toutes les conséquences ? Il semblerait qu’il ne s’agisse pas d’un problème générationnel ou d’une question d’âge mais plutôt que la digitalisation de notre société, que Michel Serres qualifie de troisième révolution anthropologique, modifie en profondeur nos mœurs et nos modes de vie, pour le meilleur et pour le pire.

Les générations ont désormais tous les outils pour se connaître, se comprendre et collaborer en utilisant les connaissances et les points forts de chacun. Economie collaborative, intelligence transversale, open-source, conscience globale, Big Data, utilisation stratégique des réseaux : la digitalisation permet de transformer le monde en village, de casser les codes établis et d’en finir avec le débat sur les générations pour se concentrer sur le développement d’une transversalité intergénérationnelle et ainsi tendre vers une performance toujours plus globale.